TOUS AU PARADIS – LA ROSE

— Non ! s’exclame Azraël, les bras tendus vers sa sœur. Ce n’est pas ton heure ! Reste auprès de moi ! Nous avons tant de délicieux moments à partager encore ! Par pitié ! Ne ferme pas les yeux… ne t’endors pas !

Samaelle, harassée par une journée bien chargée, lève une paupière. Elle vient de s’allonger dans son lit, prête à rejoindre les doux bras de son ami Morphée. Prête pour une nuit de sommeil réparateur.

— Azraël, mon chaton… je sais que jamais le sommeil ne t’a guetté et ne te guettera jamais. Je sais que pour ton plus grand malheur, lorsque mes yeux se ferment, tu dois te trouver un ou une autre associé(e). Mais vois-tu, cher Azraël, si tu souffres de la solitude que génère mon repos, il n’est pas éternel. En revanche, il m’est salvateur. Alors laisse-moi tranquille et profite que je me repose en paix pour découvrir de nouveaux horizons.

— Mais !…

— Il n’y a pas de mais ! Si tu continues de m’empêcher de dormir, mon frère, sache que ma vengeance pourrait s’avérer terrible !

Comme chaque soir après remontrance de sa sœur, Azraël se tait. Il s’éloigne alors que Samaelle s’entoure de ses draps. Il sait qu’à cette heure, la patience de Samaelle se consume plus vite encore qu’à l’accoutumer.

 

Huit heures plus tard, Samaelle s’étire. Elle a dormi comme un loir. De tous les anges, elle est celle qui s’accorde le plus d’heures de sommeil. En réalité, de tous les anges, Samaelle est celle qui s’accorde le plus de tout ce qui lui fait envie. Car Samaelle garde un secret qu’Azraël pense être le seul à avoir percé.

Alors…

Uriel, en train de se promener dans une roseraie, s’engoue rapidement de la plus belle d’entre ses fleurs. Il s’en approche, hume son effluve et alors qu’il attrape sa tige…

— Aye ! Mais ça fait mal !

Résonne alors le rire de Samaelle dans tout le jardin. Uriel pivote et découvre Azraël avec sa complice qui l’espionnent.

» Qu’avez-vous encore imaginé ? Et quand je dis vous, je pense Samaelle, bien entendu !

En réalité, tous les anges savent que Samaelle s’ennuie dans la Citée d’Argent. Dieu a créé un lieu paisible, un lieu où bienveillance et amour règnent en maîtres absolus. Pourtant, depuis quelques siècles, ce lieu sensé pourvoir à tous les besoins de ses enfants, devient de plus en plus invivable.

La cause ? Le binôme Azraël et Samaelle. Lorsque les anges ne sont pas victimes des blagues douteuses de Samaelle, ils doivent la remplacer au près d’Azraël l’insomniaque autophobique.

— J’ai agrémenté sa tige d’épines.

— On peut savoir d’où t’est venue cette idée saugrenue ?

— Cette pauvre fleur désire la quiétude, mais elle est si belle que tout le monde vient l’importuner. Je lui ai donc offert un moyen d’exprimer son besoin. Car si elle devient aussi piquante qu’un cactus, les anges un peu trop egocentriques pour se poser ce genre de questions en voyant telle beauté, seront bien obligés de prendre son avis en considération avant de céder à leurs propres tentations.

— T’es-tu au moins assurée qu’elle désire la solitude ? Tu es bien placée pour savoir, vu ton acolyte, que certains peuvent la craindre.

— Aye ! Qu’est-ce que…

Samaelle s’éclaffe de nouveau. Gabrielle est également tombée dans son piège.

» Samaelle ! souffle-t-elle, sèchement. Une idée à toi, je suppose ?

— Pour vous répondre à tous les deux : ces épines sont une idée commune à chacune de ces roses. Les plus belles s’en arborent afin de repousser l’envahisseur, les autres les veulent en guise de représailles… car ce ne sont pas elles qui ont été choisies en premier.

Une dispute étant sur le point d’éclater, Dieu intervient.

— Voilà une excellente initiative, Samaelle. Offrir à de frêles créatures une faculté supplémentaire afin de se protéger. Je constate un aspect nouveau de ta bienveillance.

Gabrielle et Uriel, vexés, s’en retournent à leur promenade sans plus tenter de toucher les roses. Samaelle, frustrée, remercie son père de sa magnanimité et s’empresse de partir à la recherche d’une nouvelle farce… Azraël à sa suite.

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