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Depuis noël dernier, L’Ange Noir s’est tenu tranquille. La police a diffusé la vidéo de sa visite au commissariat, au cas où quelqu’un le reconnaîtrait. Ils ont reçu beaucoup d’appels… ils se sont fait beaucoup de fausses joies.

L’Ange Noir reste encore et toujours introuvable.

Enfin, au matin du 30 mars, Interpol est contacté par un nouveau commissariat de police. L’insaisissable tueur en série a encore frappé. Chez eux. Lorsque les deux enquêteurs descendent du train, le directeur de police est venu les accueillir en personne.

— Bonjour messieurs. Je vais vous conduire à destination.

— Bonjour monsieur le directeur. Et merci, lui ont-ils tous deux répondu.

Une heure trente plus tard, les deux hommes entrent dans une maison qui manque cruellement d’ordre. Des déchets trainent sur le sol. Le temps a permis à une fine pellicule de graisse d’incruster la poussière dans les meubles. Très vite, les semelles des policiers collent au carrelage. S’entame alors un parcours du combattant contre le linge, les livres, les cartons, les cadavres de bouteilles de sodas, la vaisselle salle et autres obstacles que la négligence de l’occupant de cette maison, a parsemés entre eux et leur cadavre.

Pourtant, arrivé à destination, Amid est surpris par la salle dans laquelle repose l’homme égorgé par L’Ange Noir. Le sol brille, les livres ont été déposés sur leurs étagères, aucune poussière grasse n’est détectée, seules les fenêtres sont restées opaques. L’intérieur du salon de cette maison a connu un coup de chiffon récent et contraste, de ce fait, grandement avec le reste de la demeure.

— Votre homme est ici. Nous ne l’avons pas encore déplacé. Nous avons été prévenus que vous préfériez constater par vous-même sa position, avant que le corps soit expédié à la morgue.

— Effectivement, merci, répond Éric en suivant Amid vers la victime.

Amid s’accroupit en enfilant des gants en latex pour ne pas laisser d’empreinte pendant son rapide examen. Il n’est pas légiste, il ne pourra pas faire une analyse du cadavre aussi experte, mais il apprécie toutefois de pouvoir jeter un premier coup d’œil. Parfois il s’aperçoit d’un détail qui lui aurait échappé s’il avait dû découvrir le corps à la morgue.

Et justement, ce jour-là, quelque chose perturbe Amid, en plus de l’application du tueur à mettre de l’ordre dans le salon de sa victime.

— Tu sens ça ? demande-t-il à Éric.

— Sentir quoi ?

— Cette odeur… comme si notre homme portait un parfum.

— C’est peut-être le cas ?!

— Oui, mais là, c’est… c’est un parfum de femme, hume Amid en même temps qu’il parle.

— De ?…

Éric se baisse pour renifler le corps et un effluve, à peine perceptible, vient effectivement chatouiller ses narines. A ce moment, le directeur de police se retourne. Comme il s’entretenait avec un subordonné, il n’a pas suivi la discussion des deux lieutenants. Aussi s’étonne-t-il de les surprendre à quatre pattes, le nez contre le cadavre.

L’homme les observe un instant, puis s’en va sans les prévenir. Les deux agents d’Interpol étant déjà concentrés dans leurs recherches et l’ayant de toute évidence complètement oublié.

— Oh ! Je crois que je connais, l’informe Éric. Mais si c’est bien ce que je pense, nous n’irons pas bien loin avec cet indice. C’est un parfum très répandu.

— Je veux récupérer le veston de notre cadavre avant qu’il parte à la morgue et faire le tour des parfumeries avec.

— Sauf que… vu l’heure… va falloir attendre cet après-midi.

— S’il le faut ! répond Amid en appelant un policier pour le prévenir de son emprunt d’une pièce à conviction.

A quinze heures, Amid et Éric entrent dans la sixième parfumerie la plus proche du lieu de résidence de leur homme. Dans toutes les autres, les vendeuses et vendeurs qu’ils ont croisés étaient forts sympathiques, mais n’étaient pas des nez. Aussi, n’ont-ils pas pu les renseigner lorsqu’ils leur ont demandé de quel cosmétique venait cette odeur.

— Mumm ! Je connais ! C’est une fragrance très suave, un parfum pour femme et je dois dire qu’il va merveilleusement bien à celle qui le porte.

La vendeuse, une femme d’un certain âge, maquillée avec discrétion, contrairement à beaucoup d’autres, plus jeunes, qui semblent vouloir promouvoir l’intégralité des articles vendus par leur magasin sur un seul visage, leur donne enfin la réponse qu’ils attendent.

— Comment ça ?

— Chaque corps donne une signature personnelle à chaque parfum. Aussi ils pourront tourner sur certaines personnes, alors qu’ils sentiront agréablement bon sur d’autres. Ce sont les peaux qui réagissent à leur contact, donc tant que vous n’avez pas essayé, vous ne saurez pas si une fragrance vous convient. C’est pour cette raison qu’il sera impossible à un profane de vous orienter. Là, par exemple, la femme que vous semblez chercher sait parfaitement bien se mettre en valeur. Parce que son corps et son parfum forment une combinaison très grisante.

» A mon avis, les hommes qui la croisent doivent rarement rester indifférents. D’ailleurs vous en êtes une preuve flagrante.

— Comment ça ? l’interroge Amid.

— Cette chemise compte deux odeurs. Celle d’un homme, certainement son propriétaire, vu sa présence et une toute petite note d’un autre. Il faut un très bon nez pour le déceler… ou avoir des hormones sur le qui-vive, s’amuse la vendeuse en lui offrant un sourire taquin.

— On se calme, madame, je vous rappelle que vous parlez à des agents d’Interpol.

— Qui que soient les personnes à qui je m’adresse, lieutenants, ce que je dis n’en reste pas moins vrai.

La vendeuse leur tourne le dos pour se diriger à une vitesse impressionnante et d’un pas sûr, vers un rayon pour femme. Sans aucune hésitation, elle attrape un flacon en verre auquel elle retire son bouchon avec deux doigts et asperge une lamelle en papier de son contenu. Puis, après l’avoir agitée, elle la tend à Éric qui l’attrape pour sentir.

— C’est ça… C’est bien cette odeur.

Amid imite son collègue et concède, avec une admiration étonnée, qu’il s’agit effectivement du cosmétique qu’il a décelé sur la chemise de son mort.

— L’odeur est légèrement différente. Les parfums sont vivants, vous savez, je dirais que pour en arriver à ce stade de son arôme, votre femme s’en était aspergée mumm… bien trois heures avant qu’il ne se dépose sur le tissu. Je ne suis pas sûre que ça vous apporte grand-chose, mais c’est mon estimation.

— Toute information est bonne à prendre, madame et je vous en remercie.

— Mais c’est moi.

» Encore une chose. Ce produit n’est pas forcément un incontournable, mais il fait partie des dinosaures de la marque et, si vous voulez bien me passer l’expression, et il n’est pas donné.

— En d’autres termes ?

— En d’autres termes, monsieur, plus aucune boutique ne distribue d’échantillon de ce produit, donc la personne qui le porte l’a forcément acheté. Et comme il fait partie des produits de luxe, c’est une personne qui offre une attention certaine à son apparence. Vous ne trouverez aucune femme qui s’en recouvrira pour enfiler derrière des vêtements confortables. Non ! A mon avis, vous cherchez une femme qui a de l’allure.

— Merci de votre précieuse aide, madame. Vous nous avez fourni de très intéressantes informations.

— C’est mon métier lieutenant. Vous n’êtes pas les seuls à chercher à associer un produit à une femme, lui répond-elle avec un clin d’œil en allant renseigner une cliente en difficulté devant un panel impressionnant de fards à paupières.

Forts de ce nouvel indice, les deux agents ont fait le tour des femmes de l’entourage de leur victime. L’une d’entre elle, coquète et s’habillant de vêtements couteux et sur mesure, se pare effectivement du cosmétique trouvé sur le corps.

« De là à savoir si je l’avais mis trois heures avant de voir mon ami… » a-t-elle remarqué lors de son interrogatoire. « Je m’en passe le matin et le soir, parfois à midi… mais je ne regarde jamais l’heure qu’il est ! »

— Encore une piste qui tombe à l’eau, constate Éric en quittant la propriété de leur témoin.

— Peut-être… mais… moi, y a un truc qui me turlupine.

— Quoi donc ?

— Pour que son parfum se pose sur ses vêtements trois heures après s’en être aspergée… il aurait fallu qu’ils soient tout près. Collé l’un à l’autre.

— Ils l’ont peut-être fait. Mais comme elle est mariée, elle ne risque pas de s’en vanter ! remarque Éric.

— Tu as raison… mais imagine qu’on se plante complètement.

— Mais encore ?

— Je sais pas. Depuis qu’on a surpris ce parfum sur notre cadavre, jusqu’à ce qu’on trouve madame, une idée a germé dans ma tête et ne m’a pas quitté.

— Tu soupçonnes L’Ange Noir d’être une femme ?

— Oui et non. Mais quand on y pense… rien ne nous prouve que c’est forcément un homme.

— Pas faux…

Amid et Éric ont alors commencé à plaider la possibilité que L’Ange Noir soit une femme. Mais les profileurs sont restés catégoriques.

« Les tueurs en série sont majoritairement des hommes et il est fort peu probable qu’une femme voyage à travers le monde pour trouver ses victimes. En général, les femmes sont conditionnées, de par leur éducation, à ne pas s’éloigner trop loin de leur domicile, pour pouvoir s’occuper de leur famille… »

« Vous rigolez ? C’est du pur cliché. Et si ce sont là vos arguments, nous ne donnons pas cher de la pertinence du reste de votre profil », ont répondu Amid et Éric, avant d’être recadrés par leur hiérarchie. A partir de ce moment, les deux lieutenants n’ont plus jamais jeté un seul coup d’œil au profil imaginé par des experts cloitrés dans leurs bureaux et cherchent L’Ange Noir à leur façon.

 

 

 

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