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Bientôt quatre ans que les lieutenants Amid Kadiri et Éric Dervis collaborent sur l’enquête "Ange Noir". Leur criminel suit inlassablement le même rituel et s’attaque continuellement au même genre de cible. Donc depuis quatre ans, autant Amid qu’Éric recherchent un homme aujourd'hui âgé de vingt-huit à trente-cinq ans, ayant reçu une éducation stricte, tout en entretenant des relations avec des délinquants (voire criminels) et qui a l’habitude de voyager.

Autant dire que leur homme est difficile à trouver.

Le dossier de Jeanne donnait une autre indication qu’elle avait omis de mentionner lorsqu’elle le leur a communiqué. Une information pourtant importante pour leur enquête.

Les premiers crimes de L’Ange Noir ayant été commis en France, le tueur doit très certainement être domicilié dans ce pays, voire en être originaire.

D’ailleurs, sa sixième offrande, Amid et Éric l’ont retrouvée en France. Mais depuis quatre ans, les deux hommes ont presque fait le tour du monde. Et comme pour le moment, L’Ange Noir n’a encore assassiné personne sur le continent africain, les criminologues en ont conclu que L’Ange Noir devait très certainement être typé européen et qu’il préférait éviter de prendre le risque d’être reconnu dans un pays où son physique dénotait.

L’homme est donc un blanc réfléchi et calculateur.

Ça… pas besoin d’eux pour s’en rendre compte, ont pensé les deux enquêteurs en lisant la mise à jour du dossier sur L’Ange Noir. Il suffit de le suivre pour voir que s’il ne commet aucune erreur, ce n’est pas dû à la chance, mais uniquement à la méthode.

 

Le soir de noël qui précède l’accident de bateau, dont Amid et Éric ne se préoccuperont que bien plus tard, Amid termine de dresser la table pour le dîner. Il a invité Éric à manger à la maison. Comme L’Ange Noir a toujours respecté les fêtes jusqu’à ce jour, ils espèrent pouvoir passer une soirée agréable cette année encore. Quand bien même L’Ange Noir n’a encore tué personne depuis un mois.

Hier, l’un et l’autre ont fêté le réveillon en famille. Fateh, le fils d’Amid, âgé maintenant de onze ans est un jeune homme… qui commence sa crise d’adolescence. Fatiha, toujours aussi taquine, l’embête régulièrement à cause de sa voix. Son fils, qui mue, lui en veut et l’accuse souvent d’être une mauvaise mère. Il lui répond souvent que le jour où il sera père, il ne laissera pas sa femme se comporter comme elle le fait avec ses enfants.

En général, elle lui sourit gentiment et lui réplique « au moins, ça veut dire que tu me feras des petits enfants ». Alors le garçon hausse les épaules et part, vexé.

Mais pour les fêtes de famille, les querelles du quotidien s’apaisent pour laisser place à la magie de noël. Fateh fait des économies toute l’année pour pouvoir offrir un petit cadeau à ses parents. Une babiole qui fait plus plaisir que ce qu’elle sert, mais comme lui répondent Amid et Fatiha, lorsque leur fils leur explique qu’il aurait voulu leur offrir plus : « c’est le geste qui compte ».

Éric quant à lui a passé son réveillon de noël dans la Nouvelle-Orléans, avec son père, Shawn. Il lui a présenté une jeune femme, Lisa Guerri, avec qui il va bientôt entamer sa deuxième année de relation de couple. Lisa et lui veulent vivre ensemble, mais Éric tient à ce qu’elle rencontre son père avant. Son père est très traditionaliste et il prendrait très mal le fait que son fils se mette en ménage avec une femme qu’il n’a jamais vue.

Heureusement pour le jeune couple, les présentations se sont très bien passées. Lisa est française et elle a rappelé à Shawn son épouse disparue. Tous trois ont d’ailleurs rendu hommage à la mère d’Éric, comme le fait son père chaque année. A la fin du séjour de son fils chez lui, avec sa compagne, Shawn a attrapé Éric par l’épaule et lui a glissé une question embarrassante dans le creux de l’oreille : « et le mariage, c’est pour quand&nbsp ;? ». Éric est devenu rouge. Aujourd’hui âgé de trente-quatre ans, il aurait dû s’attendre à ce que son père commence à désirer que son fils se range et s’inquiète de sa descendance.

Éric a souri à son père et lui a répondu que le mariage était envisagé, mais qu’il était hors de question qu’ils fassent un enfant tant que L’Ange Noir sévirait. « Cette enquête, c’est l’affaire de ma carrière. Je dois la mener à son terme avant de songer à entamer autre chose d’aussi important dans ma vie ».

Puis Lisa et lui ont embarqué et le couple est arrivé chez Amid à dix-neuf heures trente. Heure à laquelle ils étaient conviés pour le repas du vingt-cinq décembre.

Ce soir, Fateh est allé chez sa sœur ainée qui a organisé un repas exclusivement aux les enfants et où les parents ne sont pas conviés. Elle vient d’emménager dans son premier appartement, a signé son premier CDI et entre dans la vie adulte, confiante et sereine.

Éric aide Amid à dresser le couvert pendant que leurs compagnes discutent dans la cuisine. Depuis bientôt quatre ans et demi qu’ils se connaissent, Éric et Amid ont forcément tissé des liens plus que professionnels et se sont présenter leurs partenaires respectives. A leur grand soulagement, elles s’entendent à merveille et se voient souvent quand leurs conjoints partent sur les traces de L’Ange Noir.

A vingt heures quinze, le téléphone d’Amid sonne.

— Lieutenant Kadiri… on arrive.

» Éric, on doit y aller ! L’Ange Noir… indique-t-il, en offrant un regard désolé à sa femme, qui a posé sa casserole de sauce sur un dessous de plat, en comprenant qu’il y aurait plus de reste que prévu ce soir.

Le crime commis par L’Ange Noir se situe en France, mais à plusieurs heures de route. Les deux agents saluent donc leurs compagnes et s’en vont en direction d’une ferme isolée où le corps d’un témoin a été retrouvé, aux côtés de deux policiers endormis.

 

*

 

— On était venu le chercher pour le protéger de son patron, Gerald Drumot, un patron d’entreprise autant connu pour ses affaires légales qu’illégales. On n’arrivait pas à l’choper. Et là, on avait enfin une opportunité… en or massif ! Sauf que cette saloperie d’Ange Noir nous a coupé l’herbe sous le pied. Notre victime était un salarié sans histoire qui s’est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment. On le travaillait au corps pour qu’il témoigne. Bon… j’avoue que c’était mal barré… mais on aurait fini par y arriver si… râle le policier sans finir sa phrase.

»  On était là, à discuter tous les trois quand Damien, mon coéquipier, a entendu un bruit dehors. Il est sorti et à partir de ce moment tout est allé très vite. L’Ange Noir a touché Damien avec un pistolet à impulsion électrique. Je suis sorti avec notre témoin pour essayer d’aller chercher mon coéquipier sans laisser notre potentielle victime seule et sans défense. J’essayais de faire en sorte qu’on parte tous ensemble. Sauf que L’Ange Noir nous a eus avant qu’on puisse faire quoi qu’ce soit. Et quand j’me suis réveillé, notre témoin était mort.

— L’Ange Noir a la particularité de ne jamais tuer les policiers. Vous auriez pu abandonner votre coéquipier, le temps de mettre votre témoin en sécurité et revenir plus tard.

— Chuis au courant, merci.

» Mais pour ça, il aurait fallu que je sache qu’il s’agissait de L’Ange Noir, sur le moment. Et sauf vot' respect, lieutenant, c’est pas parce que ce fils de pute n’a jamais touché un des nôtres jusqu’à aujourd’hui, qu’il ne le fera jamais… et je préfère éviter de courir ce risque !

— Je comprends. Je comprends aussi votre colère, mais l’insulter ne vous apportera rien.

— Et c’est un ricain qui me dit ça ? Alors que les timbrés de son pays s’entretuent pour un oui ou pour un non ?…

Éric n’aime pas être confronté à ce genre de personnalité. Et il sait qu’Amid ne pourra lui être d’aucun appui, étant donné ses origines marocaines. Il laisse donc passer sans rien dire. Il se retourne vers son équipier qui a terminé de récupérer le témoignage du policier qu’il vient d’interroger.

A cet instant, le capitaine de police les rejoint pour leur relater les circonstances inhabituelles qui les ont amenés à être aussi vite au courant que L’Ange Noir avait encore frappé.

— Lieutenants ! Avant que vous ne poursuiviez vos investigations, j’ai une information importante à vous communiquer.

— On vous écoute, répond Amid.

— C’est L’Ange Noir qui nous a apporté sa lettre, en mains propres.

— Hein ? Quand ? Où ? Pourquoi ? Comment ? Où est-il maintenant ? lui demandent les deux enquêteurs en même temps.

— Quand ? Juste avant que nous nous rendions sur les lieux du crime pour trouver nos collègues.

» Où ? Ici, au commissariat, nous avons d’ailleurs une vidéo, mais L’Ange Noir n’est pas reconnaissable.

» Pourquoi ? Sûrement pour que nous retrouvions notre victime plus vite que s’il avait envoyé son courrier par la poste.

» Comment ? En se déguisant en livreur et sans nous prévenir de sa véritable identité, évidemment.

» Où est-il maintenant ? Nous l’ignorons, puisque le temps que nous nous apercevions de sa présence, il s’était enfui.

A mesure que le fonctionnaire a répondu aux questions posées par Amid et Éric, il les a décomptées sur ses doigts, pour être sûr de n’en oublier aucune.

— Je veux voir la vidéo !

— Vous ne le reconnaîtrez pas plus que nous je pense.

— Commissaire… nous courons après L’Ange Noir depuis bientôt cinq longues années, sans que jamais il n’apparaisse nulle part. Il vous a offert une chance insolente de l’arrêter et vous l’avez laissé filer. La moindre des choses serait de nous laisser visionner la cassette pour voir de quoi il peut avoir l’air… même si l’image est de mauvaise qualité !

— L’image n’est pas de mauvaise qualité !

Le commissaire accompagne les lieutenants Dervis et Kadiri jusqu’au téléviseur et lance le film de la visite surprise de L’Ange Noir chez eux.

» Il sait juste assez bien cacher son visage pour qu’on ne puisse pas le reconnaître.

Éric et Amid ouvrent grand leurs yeux et leur attention. Ils n’en croient pas ce qu’ils voient. Si proches du but et en même temps si loin. Ils ont L’Ange Noir devant eux. Il bouge, il parle, il est là, en pleine forme… caché sous une casquette et un déguisement qui empêche toute reconnaissance faciale.

Les deux hommes baissent la tête, dépités. Si seulement un seul des policiers l’avait retenu… L’Ange Noir serait aujourd’hui à eux. Mais au lieu de ça, ils se retrouvent à la case départ. Cette visite n’a fait que confirmer que L’Ange Noir est flué, mesure un peu moins d’un mètre soixante-quinze et qu’il est effectivement de type européen.

 

 

 

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