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Trois mois maintenant que Gabrielle est arrivée au Lycée Roger Zelazny. Baptiste a levé les paris après l’histoire du bar et ne lui reparle plus qu’occasionnellement. Depuis, les défis ont considérablement réduit et Gabrielle peut aller en cours sans trop de rixes.

Lorsqu’elle arrive à la hauteur de l’adolescent ce lundi matin, il est assis sur un banc du parc à discuter avec sa bande.

 Salut Baptiste. Je peux te parler s’il te plaît ?

 Ouais, c’est pour quoi ?

Gabrielle lui fait signe de la tête pour l’inviter à s’éloigner des autres, afin de discuter en privé. Baptiste se lève et la suit, son catogan se balançant au rythme de ses pas de gauche à droite de sa nuque.

Une fois à l’abri des oreilles indiscrètes, Gabrielle se retourne et fait face à l’adolescent. Son téléphone entonne les premières mesures de la marche funèbre de Frédéric Chopin sans qu’elle y prête attention, ce travail peut attendre. Baptiste la regarde, intrigué, mais ne pose pas de questions.

 D’après mes sources, tu devrais pouvoir m’aider.

 Mais encore ?

 Je veux rencontrer ton boss et il paraît que tu as bonne réputation auprès de lui.

Estomaqué, Baptiste ouvre la bouche trois secondes avant d’arriver à émettre un son.

J’y crois pas ! Moi qui me demandais comment aborder le sujet avec elle discrétos… c’est elle qui vient ! se dit-il intérieurement.

Comme il ne peut pas lui dire que Lamentice a prévu de la recruter mercredi car il a pour ordre de lui faire croire qu’il veut bien la rencontrer pour ce qu’elle veut il profite de la situation.

 Et qu’est-ce que je gagne en échange ?

 Donne-moi ton prix.

Baptiste s’approche de Gabrielle, glisse sa main droite derrière sa taille et attire son visage vers le sien. Il tente, au cas où. Mais Gabrielle reste insensible à ses avances.

 A ta place, je ne m’amuserais pas à ça. Je te paierai si tu veux, mais uniquement si le message est passé et que j’ai une réponse positive. Et pas de cette façon-là.

 Ah oui ? Pourtant je monte en grade, tu sais ? Un jour je serai certainement aussi haut placé que Le Gourdin.

 Je te rappelle que je ne suis pas libre.

 Mais si ni toi ni moi ne lui disons rien, il…

Baptiste plaque l’abdomen de la jeune fille contre son ventre leurs lèvres se frôlent presque. Et Gabrielle pense instinctivement à la réaction que l’homme qui l’a élevée aurait s’il était témoin de cette scène lui qui refuse catégoriquement qu’un autre homme que lui s’approche de trop près de sa Kitten.

S’il nous voyait faire, il le tuerait dans la seconde… et je passerais un sale quart d’heure.

Mais il n’est pas là. Et lacée par ses avances intempestives, elle attrape la main gauche de Baptiste, posée contre sa joue pour guider ses lèvres jusqu’aux siennes, et lui broie les articulations.

» … Aaah !

 Je sais ça fait mal, mais si tu t’éloignes, promis, je te lâche.

Le jeune homme obéit plus vite à mesure que la pression de la lycéenne diminue.

Une fois libre, vexé d’avoir été aussi promptement éconduit, Baptiste oubliant l’espace d’une seconde à qui il a affaire lance sa main droite pour gifler Gabrielle. L’adolescente, agacée, attrape son poignet au vol, et dans une adaptation personnelle de la prise Kata Dori Ikkyo omote, pousse son coude en contorsionnant son bras. Puis elle avance d’un pas pour le déstabiliser un peu plus et le faire tomber face contre terre. Pour finir elle retourne son bras dans son dos pour l’immobiliser.

» Vas-tu, oui ou non, toucher un mot de ma proposition à ton boss ?

 Oui !

 Eh ! Vous deux ! Qu’est-ce que vous faites ?

Danis qui surveille toujours de près Gabrielle comme Baptiste, court jusqu’à eux.

Il ne manquait plus que lui ! se dit-elle en le voyant grimacer à cause de sa course.

Gabrielle lâche son supplicié qui se relève les joues empourprées. Et ils attendent, debout face à lui, que l’assistant d’éducation arrive.

 Gabrielle Sartes et Baptiste Véquenos ! J’ai l’habitude de vous envoyer chez le proviseur, mais jusque-là, jamais ensemble. Allez, suivez-moi. Illico !

 Soyez sympa Danis ! S’vous plaît ! Elle me montrait juste une prise d’Aïkido. On faisait rien de mal.

Gabrielle penche la tête sur le côté droit en entendant Baptiste. Elle est étonnée qu’il ait reconnu l’art martial auquel elle a emprunté sa prise.

 Tu plaisantes ? s’offense le surveillant.

 Non, c’est vrai Danis. Je lui ai demandé de me montrer…

 Vous vous expliquerez devant le proviseur. Allez ! Et que ça saute !

Les deux adolescents suivent Danis à contre cœur, jusqu’à ce qu’il frappe à la porte du bureau du directeur.

 Entrez !

La porte s’ouvre et les deux élèves entrent accompagnés du surveillant. En les voyant, le proviseur lève la tête d’un courrier officiel et souffle de désespoir avant de les inviter, d’un signe de la main, à s’asseoir sur les deux sièges en face de lui.

 Je vous en prie, prenez place.

L’assistant d’éducation relate avec application la situation à son supérieur hiérarchique, pendant que celui-ci se lève en secouant la tête pour s’emparer de leurs dossiers. Puis il reprend sa place et les feuillette pour se rafraîchir la mémoire.

 Alors, commençons par vous Baptiste. Vous avez déjà un lourd dossier. Je pourrais, sans plus de considération, vous mettre à pied trois jours du lycée. Je vois ici que nous avions même décidé qu’à la prochaine incartade, c’était le conseil de discipline. Mais vous avez de la chance, je suis de bonne humeur. Donc je vais écouter votre version des faits et je vais peut-être même vous croire. Encore faut-il que vous soyez convaincant.

 Comme je l’ai déjà dit à Danis, monsieur : Gabrielle me montrait une prise d’Aïkido au cas où on viendrait me chercher des noises.

Le proviseur sourit en réponse à la déclaration du jeune homme et se tourne vers Gabrielle.

 Et vous Gabrielle ? Quelle est votre version ?

 La même monsieur. Je serais d’ailleurs stupide d’en changer. Puisque d’une part c’est la vérité et d’autre part, parce que si j’en changeais, ça insinuerait que l’un d’entre nous ment.

 L’accumulation de justifications montre aussi que l’on ment jeune fille. Et là, vous m’en donnez beaucoup. Vous ne trouvez pas ?

 C’est vrai. Mais, en l’occurrence, je voulais seulement souligner l’absurdité de cet interrogatoire. Je peux y aller maintenant ? Il serait idiot que, pour une fois que je suis présente, je loupe les cours.

Le proviseur sourit à sa requête. L’adolescente n’a définitivement pas froid aux yeux.

 Bien. Comme vos deux versions viennent corroborer celle de Danis et qu’il n’y a pas eu de blessé, je vais faire semblant de vous croire. Toutefois, veuillez savoir, à l’avenir, que mon lycée n’est pas un dojo et qu’il est formellement interdit d’y pratiquer une quelconque prise d’art martial… Sauf accord préalable de ma part.

 On peut partir alors ? Vu qu’on n’a rien fait de mal.

Baptiste saute sur l’occasion pour essayer de négocier un départ sans dommage. Mais le proviseur lui offre alors son plus beau sourire avant de reprendre.

 Néanmoins ! Comme vous êtes censés le savoir, puisque c’est écrit dans le règlement intérieur que vous avez signé en début d’année, après lecture du dit document…

Le proviseur offre toute son attention au garçon.

» Baptiste, vous, vous vous en sortirez avec trois heures de colle. Et vous pouvez retourner en cours dès maintenant.

Puis il tourne les yeux vers la fille.

» Gabrielle, quant à vous, vous restez dans mon bureau, nous avons à parler.

Baptiste se lève sans demander son reste. Bien que réputé être dur mais juste, son proviseur est principalement connu pour affermir la punition de ceux qui s’essaient à négocier un allègement. Comme il est à deux doigts du conseil de discipline et qu’il a promis à sa mère de passer son baccalauréat, il s’en sort déjà à très bon compte. Il récupère ses affaires et s’en va en saluant son proviseur. Puis croise le regard de sa camarade un instant et incline légèrement la tête d’un air entendu, pour lui montrer qu’il tiendra parole.

» Gabrielle ! Que vais-je bien pouvoir faire de vous ?

Le proviseur croise ses bras sur son bureau et se penche au-dessus.

 Me renvoyer en cours avec trois heures de colle comme mon camarade ?

 Je ne crois pas, non. Pour vous, c’est plus compliqué. Lui, je sais que je ne pourrai jamais rien en tirer. Mais vous ! Ce n’est pas pareil. Vous êtes instruite, intelligente… Pourquoi vous obstinez-vous à vous comporter de la sorte ?

J’ai comme l’impression que la discussion va être longue, constate Gabrielle en s’avachissant dans sa chaise.

 Êtes-vous en train d’insinuer que les personnes sans instruction finissent toujours mal ?

 Loin de moi cette idée. Je sais seulement, de source sûre, que Baptiste n’est plus récupérable à mon niveau. Je laisse donc le soin à des professionnels plus compétents de faire ressortir le meilleur de lui. Mais en tant que proviseur d’un établissement scolaire, quand je vois une personne avec vos capacités, j’ai du mal à accepter qu’elle les gâche en se comportant aussi mal.

 Excusez-moi monsieur Desman, mais pouvez-vous me dire quand j’ai fait quelque chose de mal ?

 Jamais ! Et c’est d’ailleurs là qu’est toute ma difficulté. Vous ne faites jamais rien, mais il vous arrive beaucoup de choses. Enfin… Quand vous daignez nous honorer de votre présence.

 Je sais, mais je n’y peux rien… je n’ai pas besoin de chercher les problèmes pour qu’ils viennent à moi. Et pour ce qui est de mes absences répétées, c’est juste que je m’ennuie en cours.

 Pourquoi vous être inscrite au lycée, dans ce cas ?

 Parce que je veux mon bac.

Le regard du proviseur change. Il se durcit, il va aborder un sujet plus critique. Gabrielle s’en rend compte et décide d’attendre, sans ajouter un mot.

 Je sais que vous avez des fréquentations peu recommandables en dehors de l’enceinte du lycée. J’ai mes sources. Et je sais aussi qu’il vous arrive de vous battre, parfois même violemment.

 En dehors du lycée, monsieur, ma vie ne regarde que moi. Et pour ce qui est des bagarres dont vous parlez, je tiens à vous préciser que je suis toujours la cible et jamais l’instigatrice.

 Certes, mais que faites-vous pour être aussi souvent la source de la colère des autres ?

 Je leur dis leurs quatre vérités en face et ils n’aiment pas.

Le proviseur étouffe un rire en expirant fort.

 Gabrielle, je suis content de m’entretenir avec vous sans avoir eu besoin de vous convoquer. A dire vrai, je comptais le faire dans la journée.

 Me convoquer ? Pourquoi ?

 Si je me suis renseigné sur vous en dehors du lycée, c’est parce que je m’inquiète pour votre avenir.

 Vous n’avez pas besoin de vous inquiéter, monsieur, je sais très bien m’occuper de moi toute seule.

 Peut-être, mais je veux vous aider malgré tout à rester sur le droit chemin.

Là c’est Gabrielle qui rit, et sans se retenir. Elle s’esclaffe, narquoise, et affiche un sourire provocateur.

Le droit chemin ? Pour y rester, il faudrait déjà que j’arrive à y mettre les pieds dessus. En réalité, moi, ce que je voudrais, c’est y entrer sur ce chemin, avant de pouvoir y rester.

Le proviseur interprète mal sa réaction et durcit le ton.

» A votre arrivée, je vous avais dit que j’attendais un mot du médecin pour les absences de mes élèves les plus durs. Mais je suis resté coulant avec vous, compte tenu de vos notes. Pourtant, à compter d’aujourd’hui, j’exige de vous que vous soyez présente tous les jours, sauf attestation médicale. Sinon, j’appelle les services sociaux.

 Les services sociaux ?… Mais je suis majeure, je peux faire ce que je veux.

 Gabrielle, vous êtes peut-être majeure, mais vous ne pouvez pas faire tout ce que vous voulez pour autant. Il y a des règles à respecter quand on vit en collectivité. Et vu votre dossier, je peux vous virer manu militari si je le souhaite. Alors au lieu de vous offenser, montrez-vous plutôt reconnaissante.

 Oh non ! Ne faites pas ça !

Gabrielle a levé son torse d’un bon en avant, cette inscription dans un lycée marque son indépendance, le début de sa cassure avec son passé. Elle ne veut pas la perdre.

» Je veux mon bac ! C’est important pour moi.

 Si c’est si important, pourquoi vous soustrayez-vous à vos obligations scolaires ?

 Parce que… C’est compliqué monsieur, vous ne pourriez pas comprendre.

Le regard de Gabrielle s’est évaporé en une fraction de seconde. Son attention est partie loin. Loin du bureau du proviseur, loin du lycée, en un endroit que le proviseur ne connaît pas, mais qu’il aimerait pourtant qu’elle lui décrive.

» Je vais faire mon possible pour être présente tous les jours monsieur, mais je ne vous promets rien. J’ai une vie active en dehors du lycée. Un boulot prenant que j’effectue fréquemment de nuit. C’est aussi pour ça que je m’absente souvent. J’ai d’autres obligations qui nécessitent plus d’implication de ma part que le lycée. Le programme que nous voyons cette année, je le connais déjà.

 Si vous avez déjà une vie active et que vous maîtrisez le programme de cette année, pourquoi vous être inscrite en terminale ? Vous pouviez passer votre diplôme en candidate libre.

 Non, justement… je ne peux pas. La terminale, comme vous dites, est mon pass de sortie de ma vie actuelle. Le hic c’est que pour l’instant je dois concilier les deux. Je viens de vous le dire, vous ne pouvez pas comprendre, alors n’essayez pas.

 Comment pouvez-vous être si sûre que je ne peux pas comprendre avant même d’avoir essayé de m’expliquer ?

 Parce que… souffle-t-elle sans poursuivre.

Gabrielle s’est à nouveau avachie dans son fauteuil. Ils ne viennent pas du même monde. Et à en voir l’homme qu’elle a en face d’elle, elle sait qu’il ne saurait pas saisir les nuances de son univers.

Lui, il fait partie des gens bien.

Et l’homme qui l’a façonnée, lui disait toujours que « les gens bien, ça ne peut pas comprendre ces choses-là. »

Le proviseur n’insiste pas. Il a déjà pu constater par le passé, et à plusieurs reprises, que la patience avec ce genre d’individus paie plus que l’emportement. Il avance en douceur et ne désespère pas, un jour, d’aider son élève. Même s’il ne sait pas ce qu’il peut faire pour y arriver, il veut lui rendre ce service, car il est certain qu’elle en a besoin.

 Que s’est-il passé tout à l’heure ? La punition de Baptiste ne changera pas, mais la vôtre dépendra de votre réponse. Je peux très bien la lever si vous n’y êtes pour rien. Et je vous promets que tout ce que vous direz ici restera ici, entre vous et moi.

 Je ne suis pas une balance, monsieur. Baptiste a reçu la punition qu’il méritait. Vous n’aviez pas besoin d’interférer.

 Oui. Ça je le sais. Ce que je ne sais pas, en revanche, c’est si, vous, je dois vous punir.

 Faites comme vous le sentez.

Gabrielle se lève de sa chaise et s’en va sans mot dire. Monsieur Desman ne la retient pas. Même s’il la collait, il sait qu’elle ne viendrait pas. Cette élève ne marche ni à la baguette, ni à la carotte. Et c’est bien ce qui complique son cas.

 

*

 

Comme l’Ange Noir a reçu le message d’un nouveau client ce matin, elle est allée dans un cyber-café pour se connecter au site de rencontres libertines qui lui sert de couverture. Son mode de contact est simple. Tout nouveau client doit lui envoyer un message avec le nom de sa cible en pseudonyme. En l’occurrence : les frères Azam. Puis il doit sous-entendre qu’un ami en commun, qui porte le véritable nom du client, lui a conseillé d’entrer en contact avec elle.

Bonjour, une amie de longue date, Morgane Dorguet, nous a dit qu’elle garde un excellent souvenir de vous et c’est pour ça que nous voudrions discuter avec vous.

Il s’agit d’une nouvelle cliente, Gabrielle entame donc sa procédure d’identification du contact. En farfouillant bien elle trouve l’adresse IP qui a envoyé le message. Elle appartient à une ligne qui a l’air de correspondre à celle de cette Morgane. Pour l’instant, son message tient la route. La Morgane en question n’a pas de vie sur la toile, aucun profil sur les sites de réseaux sociaux. Elle n’est connue que par les renseignements qui associent bien son nom à sa ligne téléphonique. Gabrielle consent à lui laisser sa chance pour un tchat.

— Salut.

— Salut.

— Clique sur le lien que je vais t’envoyer.

Gabrielle envoie un lien à son hypothétique future cliente vers un site de tchat crypté pour pouvoir discuter avec elle en toute liberté.

— Morgane c’est ça ?

— Oui. Je ne sais pas quoi dire, je n’ai jamais fait ça, avant.

— Au quel des deux frères vais-je devoir avoir affaire ?

— Au deux. Pardon. C’est pour les deux.

— Les frères Azam ?

— Oui, c’est ça.

— Parle-moi un peu de vous. C’est notre premier contact, je veux en savoir plus.

— Je ne sais pas quoi raconter, comme je vous l’ai dit, c’est la première fois que je fais ça.

Gabrielle tique. Elle regarde autour d’elle. Elle n’a jamais eu de client de ce genre-là, elle commence à se méfier. Et au moment où elle décide d’envoyer cette mademoiselle Dorguet sur les roses, le logiciel de messagerie la prévient que son contact est en train d’écrire. Elle attend de voir, lui laissant une dernière chance. Et au bout d’un moment, qu’elle estime plutôt long, elle finit par recevoir un grand monologue.

» Je sais que normalement vos clients et vous prenez vos précautions, mais j’ai entendu parler de vous par hasard. L’homme qui donnait vos références ne me parlait pas à moi et je n’ai pas toute la marche à suivre. Je vais donc tout vous raconter, en espérant ne pas griller votre couverture.

» J’ai été "recrutée" par les frères Azam à dix ans avec ma sœur ainée. Elle n’a pas supporté de vivre en captivité et un jour on m’a dit qu’elle était morte. Ça m’a fait beaucoup de peine et aujourd’hui encore je souffre de n’avoir pas pu m’enfuir avec elle.

» J’ai dû me prostituer pour eux pendant toutes ces années. J’ai réussi à m’évader et je veux me venger maintenant.

— Je suis pas psy. Va à l’essentiel.

Son interlocutrice se remet à écrire. Gabrielle attend de voir ce qu’elle va ajouter et fait plus attention que jamais à ce qui se passe autour d’elle. Si elle a affaire à la police, cet échange commence à prendre une tournure préjudiciable. Pour l’instant, elle peut encore se défendre, Morgane n’a rien dit de condamnable. Mais il est urgent de se renseigner sur sa nouvelle cliente.

— Je travaillais dans une maison close… Je vous donnerai l’adresse. Un habitué est venu avec un ami, une fois. Ils parlaient affaires. C’est là que j’ai appris votre existence et comment vous contacter. Cyril Merleaux, son nom devrait vous dire quelque chose. C’est lui qui a dit à son ami qu’on devait vous donner notre véritable identité et nos motivations. Je suppose que vous devez avoir des noms de code pour les demandes. Mais je n’étais pas là quand ils en ont parlé, alors je ne sais pas. J’espère que vous me croyez. Pour information j’ai changé de ville et de nom pour que les frères Azam ne me retrouvent pas. Mon vrai nom est Véra Telinski.

Quand Gabrielle lit le message elle étouffe un cri de colère et se déconnecte sur le champ.

D’une, il lui faudra apprendre la vie à son client qui ose parler aussi ouvertement de la procédure de prise de contact avec elle. De deux, elle va devoir se renseigner sur la demoiselle avant de prendre un quelconque risque. Ce soir, elle fera donc le tour de ses indics et ne reprendra contact que si l’histoire de cette Morgane ou Véra tient la route.

 

 

 

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