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Le mois de février bien entamé, les journées sont courtes et la nuit est tombée depuis presque deux heures, maintenant. Abigaëlle cuisine le repas, souriante. Joyeuse, au souvenir de la confidence de son maître, ce matin.
« Depuis plus d’un an que tu suis mon enseignement, tu as fait de tels progrès que je n’aurai bientôt plus du tout besoin de retenir mes coups contre toi. »

— Est-ce que je suis aussi forte que Gabrielle ?

— Huh ?

» Euh… je n’irai pas jusque-là. Mais ta soif de vivre dépasse de loin la sienne, donc si vous deviez croiser le fer maintenant, je ne jurerais de rien.

— Alors si je devais la rencontrer, je la provoquerais !

— Pardon ?

Dorian lui jette un coup d’œil incrédule. Il lui semblait avoir réglé la question.

— Parce que si je gagne, je serai la meilleure tueuse que vous connaîtrez !

Là, Dorian lui jette un regard réprobateur, mais il est flatté par le sentiment de jalousie qui ne la quitte jamais lorsqu’il est question de lui. Elle a fait d’énormes progrès également dans son émotivité, mais elle reste toujours attachée à son maître. Et pour obtenir son abnégation, c’est un avantage.

— Tu sais Abi, je connais vos niveaux, à chacune, et je préfère que tu t’améliores assez pour la devancer plutôt que t’engager maintenant dans un combat que tu es loin de pouvoir gagner. Gabrielle est méthodique et froide pendant un combat. Tes chances resteraient tout de même minces si tu devais la défier avant la fin de ta formation.

— Mais vous avez dit…

— Je sais ce que j’ai dit et je te confirme que dans la vie on ne peut jurer de rien. Mais…

Le téléphone de Dorian se met à sonner. Ne finissant pas sa phrase, il attrape son portable et décroche.

— Oui mon chat ? Qu’est-ce que tu veux ?… Maintenant ? Ok, j’arrive.

Dorian attrape son blouson et ses chaussures pour se préparer. Abigaëlle le regarde, attendant des explications qui ne viennent pas.

— Vous partez ? s’attarde-t-elle enfin à demander.

— Oui. Gabrielle a besoin de mon aide, mais je devrais être de retour d’ici un ou deux jours. Je t’avais déjà prévu une surprise pour demain, donc, tu as de quoi t’entraîner.

A la fin de sa phrase, Dorian sort et s’installe au volant de son pick-up, sans attendre de réponse d’Abigaëlle. La fillette a lu dans ses yeux la concentration dans laquelle il entre avant un contrat. Sachant que ce n’est pas le moment d’insister pour en savoir plus, elle se contente de se taire et de le regarder s’éloigner, en silence, une pointe de dépit dans le cœur.

Un jour, c’est pour moi que vous quitterez votre élève…

 

*

 

— Commissaire, un appel anonyme nous prévient que nos agents ont été repérés par Bruno Lamentice et qu’il leur prépare un guet-apens.

— Quoi ? Ils sont déjà en route !

Olivier attrape son téléphone portable pour prévenir ses subordonnés infiltrés.

A l’autre bout de la ville, dans la zone industrielle ouest, une voiture blindée se dirige vers sa destination. Sur la route, son chauffeur, un policier des stups, entend une déflagration provenir de l’endroit même où ses collègues et lui ont rendez-vous. Puis, après deux secondes de silence, des bruits d’échanges de coups de feu l’obligent à s’arrêter pour observer les évènements. Le conducteur se retourne et regarde l’homme assis sur la banquette arrière entre deux gardes du corps ; des agents également. Quand il entend son téléphone sonner, l’homme du milieu de la banquette arrière attrape son portable et reconnaît immédiatement le numéro entrant.

— C’est le commissaire Sotrane.

— Prends l’appel, il a peut-être des infos.

— Commissaire ?…

Il n’a pas le temps d’en placer une qu’Olivier aboie ses ordres.

— Gaëtan ? Je ne sais pas où vous êtes, mais je veux que vous restiez loin de Lamentice.

— Qu’est-ce qui se passe ? La mission se déroulait bien jusque-là, on vient d’arrêter le clan Mauprasse et maintenant…

— Maintenant, vous avez été vendu à Lamentice… Il vous attend pour vous trouer la peau. Soyez déjà heureux de ne pas avoir été aussi dénoncés aux Mauprasse.

Gaëtan coupe le micro de son téléphone pour tout répéter à ses collègues, avant de reprendre sa discussion avec son supérieur.

— Lamentice nous attendait peut-être, mais je sais pas ce qui se passe là-bas, parce qu’on a droit à un joli feu d’artifice vu d’ici.

— J’ai envoyé des patrouilles en renfort… Mais ça m’étonnerait qu’elles soient déjà sur place, on vient à peine d’être prévenu… Quoi qu’il arrive, vous restez là où vous êtes, la mission est annulée.

— Bien commissaire !

Gaëtan raccroche son mobile en même temps qu’Olivier et au lieu de se rendre à la rencontre de Lamentice, les agents assistent au spectacle des pétarades qui grondent et éclatent au loin.

 

*

 

Lamentice et trois de ses hommes attendent, assis dans une voiture, phares éteints. Ils sont garés dans le parking d’une usine désaffectée depuis l’incendie qui l’a rendue insalubre, cinq ans plus tôt. Aucun témoin. La nuit est froide et noire. L’affaire aurait dû être simple, normalement. Un groupe d’hommes du clan Mauprasse devait bientôt arriver, en voiture, avec la marchandise et Lamentice avec l’argent. Lamentice serait venu accompagné d'une poignée d’hommes de main seulement  plus pour dissuader ses fournisseurs de lui fourguer de la mauvaise came qu’autre chose  et chacun serait reparti avec ce qu’il était venu chercher.

Sauf que… Gabrielle lui a demandé d’enquêter sur l’instigateur de cette transaction, en envoyant sa photographie à Baptiste, qui a tout de suite reconnu le commissaire Sotrane. Alors Lamentice compte bien en profiter pour donner une leçon au policier en bousillant sa carrière.

— Bien, je veux que vous vous teniez à vos places, prêts à agir quand nos petits amis les flics arriveront.

Trente hommes armés de pistolets mitrailleurs, de fusils à pompes et autres attirails se sont dispersés, et ont pris position, en attendant leur gibier. Un silence de mort règne sur le parking. Lamentice et ses hommes sont arrivés en avance pour préparer le comité d’accueil et l’heure fatidique approche. Encore un quart d’heure et les policiers cloront leur dernière mission de leur sang. Personne ne parle dans la voiture, les truands s’entendent presque respirer.

Soudain, une déflagration venant de l’intérieur du bâtiment, suivie du crépitement d’armes à feu en ébullition, les font sursauter. Lamentice et ses hommes sortent de leur voiture ébranlée par le souffle, l’arme au poing, en cherchant à voir ce qui se passe. A ce moment précis, un fourgon blindé noir, provenant de l’arrière de la bâtisse, arrive à grande vitesse dans leur direction. La fenêtre du passager avant est ouverte. Et alors que le véhicule prend un virage pour doubler la voiture arrêtée, le canon d’une mitraillette apparaît et se met à cracher toutes les munitions qu’elle a en réserve. Le conducteur a le visage couvert par un casque et porte un gilet pare-balle des forces de l’ordre.

Les quatre hommes tombent avant même d’avoir le temps de réagir. D’autres, cachés çà et là, sortent et ripostent mettant le véhicule en joue. Une fois ses premières victimes à terre, la camionnette, bien qu’ayant ralenti, avance droit sur un mur, en s’appliquant à positionner l’arrière du véhicule face à ses cibles.

Au moment de l’impact, le conducteur ouvre ses portières arrière en grand, laissant apparaître une mitrailleuse accrochée au véhicule. Ayant abandonné son volant, il fait feu sur les hommes de Lamentice, s’opposant encore à lui.

En cinq minutes, la fusillade cesse et le silence revient. Plus aucun tir. L’occupant du véhicule sort et ferme ses portes. Alors qu’il pose sa main gauche contre son flanc droit et contourne le fourgon pour reprendre sa place initiale, un bruit attire son attention.

A bout de forces, autant physiques qu’émotionnelles, un adolescent pousse le corps inerte d’un de ses collègues tombés sur lui et attrape son arme.

Lorsqu’il se lève, son catogan couvert du sang de ses camarades, il braque son pistolet d’une main tremblante sur son ennemi. Il ne devait être là qu’en tant qu’observateur, il n’a jamais tué personne de sa vie. Il ne sait même pas s’il en est capable.

— Pourquoi ? crie-t-il. Le boss t’aimait bien, tu…

Mais l’adolescent n’a pas le temps de finir sa phrase. Le conducteur a déjà sorti un 9 mm de son holster d’une main sûre et ferme… Baptiste connaissait son identité, et la règle est simple dans leur univers : pas de témoin !

Quel idiot, s’il ne s’était pas manifesté, s’il n’avait pas sous-entendu qu’il savait qui je suis, je l’aurais épargné. Mais un témoin, surtout dans ce genre d’affaire, est un risque trop grand pour lui laisser la vie sauve. Tant pis, c’est une erreur dont il ne pourra rien apprendre, pense le tueur en tirant.

L’assassin regarde derrière. Comme plus personne ne tente rien, son travail ici est terminé et il retourne au volant de sa camionnette. Après une marche arrière, le fourgon contourne l’immeuble et disparaît, le nez à peine éraflé.

 

*

 

— Une embuscade et il y a mis les moyens.

Cachée derrière un monticule de terre, Gabrielle espionne Lamentice.

— Tu veux vraiment qu’on fasse ça ? On n’a rien préparé et ils sont nombreux, s’inquiète Dorian après avoir emprunté les jumelles à infrarouge de Gabrielle et observé deux secondes ce qui les attend plus loin.

— Si tu as peur du nombre, pourquoi n’as-tu pas amené ta nouvelle recrue ?

— Je ne crois pas que vous rapprocher l’une de l’autre soit une bonne idée. Vous vous entretueriez.

— Pas avant que le travail soit fait !

— Toi peut-être ! Et encore… Mais elle, c’est loin d’être sûr.

Gabrielle fusille Dorian du regard. Ils sont arrivés peu de temps après Lamentice et se sont garés, phares éteints, à une distance respectable pour ne pas attirer l’attention sur eux.

— Une quinzaine à l’intérieur, quatre dans la voiture et une douzaine dispersée tout autour. Si ces flics se pointent, ils n’ont aucune chance.

— Ben ce sont les risques de leur métier. Je vois vraiment pas pourquoi tu veux y mettre ton grain de sel.

— D’une part parce que Lamentice sait qui je suis et que je ne peux pas prendre le risque qu’il s’arrange avec la police pour réduire sa peine en me livrant. D’autre part, parce que c’est moi qui aie condamné ces agents en demandant à Lamentice d’enquêter sur leur boss.

— En quoi tu les as condamnés ? C’est leur boss l’idiot. S’il avait envoyé une gentille greluche des services sociaux et qu’il l’avait interrogée dans l’ombre, ça serait passé… Mais se mettre en première ligne, c’est une erreur stupide. Il aurait dû se douter que tu allais te renseigner sur lui.

— Je suis désolée, mais si je n’avais pas été ce que je suis, je n’aurais eu aucune raison de le faire !

— Si tu n’avais pas été… » Dorian prend une petite inspiration pour montrer son agacement et poursuit sa phrase, « ce que tu es… il ne se serait même pas intéressé à toi. Viens, on rentre, ce sont pas nos oignons tout ça ! Appelle-les pour les prévenir et ils n’auront qu’à faire avec.

— Réfléchis deux secondes. Si je préviens les flics et qu’ils l’arrêtent, ces idiots d’agents vont lui dire qu’ils ont été prévenus. Et là, je peux être sûre que Lamentice me livrera pour se venger. Or, je ne sais pas encore vraiment pourquoi le commissaire s’intéresse à moi et je n’ai pas envie qu’il ait de quoi me coffrer avant de le savoir.

— Fais disparaître Gabrielle Sartes et…

— Que tu m’aides ou pas, moi, j’y vais ! le coupe-t-elle. Lamentice m’a fait payer ces informations et ses manières ne me plaisent absolument pas.

— Et du coup, tu veux qu’il te butte ? Pourquoi n’attends-tu pas simplement un moment plus propice pour te venger ?

— Parce que lui ôter ce plaisir fait partie intégrante du mien ! Et puis quel moment serait plus propice que celui-là ? Parce que je te rappelle que s’il bute des flics, leurs collègues seront chez lui dans l’heure pour le coffrer et ce sera trop tard pour moi !

Dorian la regarde incrédule. Il sait que les arguments qu’elle avance ne sont que la face visible de l’iceberg et qu’elle ira à l’assaut avec ou sans lui. Mais il sait aussi et surtout que seule, elle n’a aucune chance.

Non mais je rêve ! bout-il intérieurement. Elle me fait un caprice, là ! J’ai créé une machine à tuer, et je me retrouve en face d’une sale gamine capricieuse ! Mais où va le monde ?

— Très bien… consent-il tout de même à répondre. Avec la préparation que nous avons, je dirais que si tu y vas sans moi… tu es morte… Et je n’ai pas envie d’avoir à aller voler ton cadavre à la morgue…

— Ok ! Alors voilà le plan : d’abord, tu vas appeler les flics pour les prévenir, ensuite…

 

*

 

— We're alive ![33] clame Dorian en entrant dans le fourgon, avant d’ôter son gilet et de s’attacher.

» Je t’avouerais que j’ai eu un peu peur ce soir, je crois que je commence à me faire vieux pour ce genre de folies.

Gabrielle ne parle pas. Elle est retournée chercher Dorian de l’autre côté de l’immeuble. Il s’était infiltré dans le bâtiment par une fenêtre cassée et s’était caché derrière un énorme pilier. Avant de lancer les hostilités, il avait envoyé une grenade que Gabrielle avait mise dans ses mains, en lui conseillant de s’en servir lorsque, incertain, il avait hésité à partir.

Dorian, une fois en sécurité, fini de quitter son costume en enlevant son casque et ses gants. Pourquoi les garder ? S’ils venaient à croiser des représentants des forces de l’ordre, leurs accoutrements pourraient paraître étranges. Gabrielle, elle, a gardé ce qu’elle avait sur elle, contrairement à l’accoutumé.

» Eh Kitten ? Ça va ?

Elle roule vite, se dirigeant vers l’entrepôt où elle range son arsenal. Elle n’a pas pour habitude de se comporter de la sorte. En temps normal, elle a une conduite irréprochable et enlève sa tenue de combat, pour ne pas attirer l’attention des agents de police.

» Ralentis Kitten ou on va se faire serrer. Et je n’ai pas particulièrement envie d’expliquer aux flics la raison pour laquelle on a tous ces joujoux dans le coffre. Déjà que la bagnole elle-même n’est pas jolie à voir.

Gabrielle ralentit. Elle respecte à nouveau le code de la route, mais ne desserre pas les lèvres.

» Eh ma belle, je sais que tu n’es pas du genre loquace, mais en général tu parles un peu. T’es sûre que ça va ?

Dorian pose sa main sur la cuisse de l’adolescente qui ne réagit toujours pas. Elle est concentrée sur l’itinéraire de retour. Dorian, quant à lui, sent un liquide visqueux et tiède sous ses doigts. Lorsqu’il lève la main pour regarder ce que c’est, il comprend immédiatement.

» What the ?… Damn you ! Where are you shot ?[34]

— Dans le ventre et sur le bras, mais je peux nous ramener.

Gabrielle serre les dents, ses blessures lui font un mal de chien. Elle est restée cette gamine insouciante, cette gosse qui s’oublie, cette enfant capable de s’infliger mille et un tourments, car on lui a seriné à longueur de temps qu’elle n’avait aucune importance, qu’elle n’était rien. Rien d’autre qu’un outil. Qu’elle n’était que la machine à tuer de Dorian. Qu’elle est un jouet avec lequel il s’amuse et dont la distraction favorite est de la soumettre. En est-elle arrivée à avoir besoin de risquer sa vie de son propre chef ? De se torturer elle-même, pour se donner un peu d’importance ? A ce jour elle n’est pas capable de répondre à cette question.

— Shit ! Shit ! Shit ! You piss me off ![35] hurle-t-il de rage. Je t’avais dit que c’était dangereux avec si peu de préparation, tu aurais pu faire gaffe !

— Eh ! On a réussi notre coup, c’est le principal.

— Mais je m’en balance, moi, de ce coup ! Personnellement, je préfère que tous les poulets de ce pays crèvent et que toi tu restes en vie.

— C’est pas la première fois que je déconne, tu pourras soigner ça, j’en suis sûre.

— Je l’espère, sinon c’est moi qui vais le butter ton flic… Et en plus tu risques de salir ta bécane.

— Je te promets de faire attention, lui répond-elle un sourire moqueur sur les lèvres.

Comme si c’était ça le plus important, rajoute-t-elle pour elle.

Les deux complices arrivent dans l’entrepôt où Gabrielle gare le fourgon. Dorian sort aussi vite qu’il le peut, court jusqu’à la portière du côté conducteur et l’ouvre. Gabrielle s’est effondrée sur le volant.

— hold out, my Kitten ! Dorian daddy takes care of you, now ![36]

Il la sort du véhicule. Il n’est plus question de prendre la moto pour Gabrielle. Dorian transporte sa blessée jusqu’à son pick-up, l’allonge sur la banquette arrière et l’attache. Il ferme derrière elle et s’installe au volant. Il prend soin de respecter les limitations de vitesse et les feux. Le temps presse, mais il ne doit pas se faire contrôler maintenant.

Un excès de vitesse passe encore, mais l'arrière de la voiture est un peu trop compromettant... et de toute façon, je n'ai pas le temps de me faire arrêter.

Une fois arrivés à la maison de Gabrielle, elle ouvre les yeux et la douleur dans son abdomen se réveille avec elle. Elle geint dans les bras de Dorian, qui tourne sa clef dans la serrure.

» C’est amusant, c’est la première fois que j’entre chez toi en utilisant un moyen légal.

— J’ai mal.

Gabrielle transpire, elle a des difficultés à parler. Ses blessures ont beaucoup saigné. Il n’y a plus une minute à perdre.

— Je veux bien te croire Kitten, mais tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même. Tu as ce qu’il faut ?

— Au sous-sol.

Gabrielle attrape la manche de Dorian alors qu’il entre dans la maison.

» J’ai du chloroforme, cette fois-ci sers-t-en !

— A vif, ça t’apprendrait à vivre.

— Le chloroforme, sinon je ne réponds plus de rien.

— Très bien… Cette fois-ci je t’endormirai avant de te soigner.

 

Dorian a allongé Gabrielle sur une table d’opération, dans son sous-sol, avant de découper ses vêtements pour inspecter ses blessures. L’adolescente a fait installer une chambre digne d’un bloc à côté de sa salle d’entraînement.

— Dis donc, ils ne t’ont pas loupée, va falloir te procurer de nouvelles combi pour les opérations commando. Tu vois, l’élève n’a pas encore dépassé son maître.

— Son maître… comme tu dis… avait la partie la plus facile à exécuter… Tu as abîmé la moitié de tes adversaires… juste avec la grenade que je t’avais fournie, halète-t-elle pendant que Dorian l’ausculte.

— C’est vrai. Alors pourquoi ne t’en es-tu pas servi d’une toi aussi ?

— Parce que je n’aime pas ça… et que, du coup… j’en prends jamais plus d’une avec moi… Ces trucs sont les moins efficaces de nos outils… Un bon couteau dans la carotide… et on est sûr du résultat.

— Certes, mais quand ils sont si nombreux, il est impossible d’utiliser tes joujoux et là ta mitrailleuse ne t’a pas permis de t’en sortir indemne. De plus, à ce que je sache, tu es bien placée pour savoir qu’on peut louper sa cible même avec un couteau.

— Je te hais Dorian ! crache-t-elle avec rancœur.

— Je sais.

— Soigne-moi, maintenant.

— Bien, pour le ventre, la bonne nouvelle c’est qu’aucun organe vital n’est touché, la mauvaise, c’est que je ne sais pas par quel miracle ça s’est produit, mais la balle est toujours à l’intérieur. Quoique…

Dorian réfléchit un instant en examinant la plaie de plus près.

» En même temps, ça vaut mieux pour toi. Si elle t’avait traversée, tu ne serais sûrement plus là pour en parler. Pour le reste, ce sont principalement des brûlures et des égratignures. Que du superficiel, ce n’est pas méchant.

Dorian regarde toutes les blessures avec attention. Gabrielle, elle, lui fait entièrement confiance et le laisse agir à sa guise. Il a beau la considérer comme sa chose, il n’en reste pas moins le professionnel le plus consciencieux qu’elle connaisse.

— Le chloroforme, Dorian… et après… tu fais ce pour quoi… tu es le plus doué… dans le métier.

— Ouh ! C’est méchant ça ! Au lieu de te moquer, tu devrais te réjouir que ton mentor ait appris à recoudre les plaies quand il était mercenaire.

— Personnellement… j’aurais préféré un équipier… qui vient avec tout son attirail… quand j’ai besoin de lui… plutôt que de devoir prévoir le double… pour le confort de monsieur.

Gabrielle s’évanouit avant d’avoir une réponse et Dorian prépare un mouchoir avec la bouteille de chloroforme fermée à côté de lui.

Pas besoin de vapeur inutiles, si la jeune fille ne se réveille pas !

 

 

 

[33] On est vivant !

[34] C'est quoi ce ?… Bon sang ! Où es-tu touchée ?

[35] Merde ! Merde ! Merde ! Tu fais chier !

[36] Tiens le coup, chaton ! Papa Dorian prend soin de toi, maintenant !

 

 

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