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Ce jeudi semble prometteur. L’hiver est bien amorcé et pourtant la saison est douce. Les pulls et manteaux sont certes inévitables, mais le soleil est apaisant. Après le lycée, Gabrielle monte dans le bureau du directeur des Deux Sous. Ses hommes ont reçu l’ordre de la laisser passer après qu’il l’ait appelée, ce matin, pour la prévenir qu’il avait ses informations.

— Salut Bruno.

— Salut Gabrielle, j’ai rassemblé tout ce que tu voulais savoir. Deux enveloppes, deux réponses, donc j’attends deux paiements.

Gabrielle lance un sac de sport à Lamentice qui jette un coup d’œil rapide dedans pour s’assurer que l’intégralité de la somme qu’elle lui doit est bien à l’intérieur. L’homme s’est renseigné sur elle et sa cliente jouit d’une assez bonne réputation pour lui faire confiance.

— Le compte y est, le rassure-t-elle en le voyant vérifier.

— Je compterai plus tard. Pour l’instant, je vais te demander de t’asseoir.

Ah ! J’ai comme qui dirait l’impression qu’on a des choses à me dire, constate Gabrielle. Sinon, pourquoi me demander de m’asseoir ? Remettre une enveloppe prend deux secondes…

Gabrielle s’exécute, attendant la suite.

— Je vous écoute.

— Je suis flatté que tu aies fait appel à moi pour mener tes recherches, mais je ne suis pas les renseignements et ta présence ici m’indispose. Une gamine que je n’arrive pas à enrôler, même quand un mystère des plus obscurs plane sur elle, n’est pas très bénéfique pour le business… Bon, comme tu paies bien, j’ai accepté de faire ces deux boulots pour toi…

— Mais ce seront les derniers. C’est ça ? l’interrompt-elle.

— C’est ça.

— Très bien. J’irai donc donner mon argent à quelqu’un qui ne crachera pas dessus. Et puis, rien ne me dit que ce que je vais trouver dans ces enveloppes me contentera.

— A dire vrai, j’ai trouvé ton pote bien plus intéressant que la gamine. Tu comprendras en lisant ce qu’il y a dedans. Sur ce, je ne te retiens pas, j’ai beaucoup de travail ce soir.

— Pas de problème. Merci de votre collaboration.

Gabrielle part avec les deux enveloppes. Elle compte bien prendre son temps pour lire toutes les informations que Lamentice a trouvées pour elle.

Lorsqu’elle descend l’escalier, Gabrielle voit les hommes de main du patron rassemblés dans le bar.

M’aurait-il menti ? Veut-il s’assurer que je ne sortirai pas de son club ?

Elle les surveille jusqu’à être hors de portée. Mais personne ne la suit ni ne tente quoi que ce soit à son encontre. Alors elle rejoint sa moto et rentre chez elle, sans plus s’inquiéter.

Si le comité d’accueil n’est pas pour moi, je peux l’oublier. Les affaires des autres ne me regardent pas.

 

*

 

Arrivée à destination, Gabrielle décachette l’enveloppe sur Abigaëlle Délardois, avec une boule dans la gorge. Elle y trouve toutes les informations récoltées sur les vies de la fillette et de sa famille, jusqu’à sa disparition, dix-huit mois après la mort de sa mère. Comme Gabrielle l’a raconté à Lamentice, le jour où elle lui a confié sa mission.

Officiellement la petite fille a été retrouvée noyée, dans le canal près de chez ses parents, trois semaines après qu’elle ait fugué de la maison. L’enfant ayant été défigurée par la macération, ses parents l’ont reconnue grâce à ses effets personnels.

Mais c’est la partie officieuse qui l’intéresse et le dossier lui offre toutes les informations qu’elle voulait.

Puis la curiosité lui fait ouvrir l’enveloppe sur Claude Laddey. Elle apprend qu’en réalité il s’appelle Olivier Sotrane et qu’il est commissaire de police. Que, quelques années auparavant, en accord avec les stups, le commissaire qui le précédait a envoyé un de ses hommes en infiltration pour se faire une place dans le commerce de la drogue. A ce jour, il est totalement intégré dans le milieu et va enfin procéder au démantèlement du cartel de la drogue, dont la famille Mauprasse est à la tête.

Comme elle le pressentait, ce n’est pas après elle que Claude, ou plutôt Olivier, en a. Mais dans ce cas, pourquoi avoir pris une fausse identité et l’avoir espionnée elle ? Elle n’a de contact avec eux que lorsqu’ils l’embauchent pour des contrats bien particuliers.

Sur une deuxième page, elle apprend qu’Olivier est marié et que le couple habite à la campagne, avec une gamine orpheline qu’ils ont accueillie. Comme l’arrivée de l’enfant dans la vie de l’agent de police est assez singulière, ils rencontrent encore beaucoup d’obstacles dans leur procédure d’adoption.

Gabrielle sourit, en voyant la photographie de la fillette, se souvenant parfaitement le jour de leur rencontre, contente de savoir où elle pourra la trouver dorénavant.

C’était ça son impression de déjà-vu. Elle avait croisé Olivier alors qu’il sortait d’une voiture de police pour frapper à la porte de sa victime, le jour où elle avait fait la connaissance de la fillette. Elle avait donc imprimé son visage au cas où. Mais les années étaient passées sans que rien n’arrive et il s’était effacé.

Comme quoi, il ne faut jamais oublier un visage !

 

*

 

Quatre mois après la prise d’indépendance de Gabrielle, Henri Grai avait découvert qu’une de ses petites mains coupait la marchandise qu’il lui fournissait pour grossir ses marges. Comme celle-ci avait omis de prévenir son boss, pour éviter de partager les bénéfices, Le Furieux avait appelé Dorian, son tueur indépendant, pour qu’il exécute son revendeur de façon exemplaire.

Mais la mission lui offrant une bonne excuse de rendre visite à Gabrielle − puisque l’arme du crime était fournie par son client − Dorian lui avait délégué le travail, en précisant bien que le meurtre devait être signé.

 

Lorsqu’elle entra dans la maison de sa cible, Gabrielle s’étonna de découvrir une enfant de neuf ans, habillée en soubrette, qui nettoyait le sol. Car Dorian l’avait informée que l’homme vivait seul. Mais à y réfléchir, il n’était pas étonnant qu’il teste ses capacités d’adaptation à une situation non prévue.

— Coucou ma puce, dis-moi tu es seule ici ?

A sa question, la fillette répondit non de la tête et pointa son index droit en direction de la chambre. L’Ange Noir arma son semi-automatique et se cacha dos contre mur à côté de la porte désignée. Dans le plus grand des silences, elle appuya sur la poignée et ouvrit avec force.

Aucun coup de feu.

Juste des cris étouffés. Gabrielle sortit un petit miroir sur tige de la poche de son gilet de combat et se mettant hors d’atteinte d’une arme quelconque, le passa dans l’ouverture. Une fille d’à peu près quinze ans était ligotée à une chaise au milieu de la pièce.

Personne autour d’elle.

L’adolescente, en pleurs, ne représentait aucun danger. Gabrielle fit un geste de la main en direction de la plus jeune qui, imperturbable, continuait son ménage. Lorsqu’elle vit qu’on attirait son attention, elle leva la tête.

» Et à part elle ? Tu es seule ? chuchota Gabrielle pour que l’adolescente ne l’entende pas.

La fillette acquiesça d’un geste de la tête puis reprit son labeur. Gabrielle ferma la porte − en prenant soin de ne pas montrer son visage à l’otage − rejoignit l’enfant et s’assit à côté d’elle. Elle désarma son pistolet et le rangea dans son étui après avoir enclenché la sécurité. Elle passa ses doigts dans les cheveux de la fillette, en souriant. La petite éclata en sanglots et Gabrielle se baissa pour attraper la brosse qui lui servait à récurer le sol. A ce moment, un pendentif sorti de sous son sweet pour se balancer au bout d’une chaîne en argent. Il représentait un ange, les ailes ouvertes et le visage enfouit dans ses mains. Cette représentation divine interpella la fillette et la fit cesser de pleurer le temps de se demander pourquoi ce chérubin avait du chagrin. Mais sentant la main de Gabrielle saisir son outil de travail, elle changea de centre d’intérêt.

— Papa va être en colère, il a dit que je devais avoir fini à son retour.

— Dis-moi petite ? Comment tu t’appelles ?

— Sarah.

— Et dis-moi Sarah… ça te plairait que ton papa ne t’embête plus ? Ça te plairait de ne plus jamais avoir à craindre qu’il soit méchant avec toi ?

La fillette remua la tête avec énergie dans un oui explicite.

» Je vais te dire un petit secret. Mais pour ça, tu dois arrêter de laver le sol.

Sarah offrit toute son attention à Gabrielle, comme suspendue à ses paroles.

» Je suis venue ici pour qu’il ne fasse plus de mal à personne.

— C’est vrai ?

— Mais oui.

Gabrielle parlait sur un ton joyeux et enfantin. Elle essayait de dédramatiser la situation, pour que l’enfant suive ses consignes.

» Des messieurs à qui il a fait du mal m’ont payée pour que je l’empêche de recommencer.

— C’est vrai ? répéta Sarah.

Gabrielle acquiesça dans un hochement de tête. Et les yeux de la fillette semblèrent prendre un peu plus de vie et de gaieté.

» Alors je ne suis pas obligée de finir de laver le sol ?

— Non, tu n’es pas obligée. Mais dis-moi… la fille à côté, tu sais pourquoi elle est attachée à une chaise ?

— Non, je sais pas. Elle est là depuis trois jours je crois, papa a dit que tant qu’elle sera là, j’aurai pas le droit de nettoyer la chambre.

— La fille à côté n’aura pas besoin de s’inquiéter non plus. Il ne l’embêtera plus non plus. Mais pour que je puisse le stopper, j’ai besoin que tu me rendes un petit service.

La fillette agita de nouveau la tête dans un oui énergique.

» Comme tu n’étais pas censée être là, ni la fille à côté, j’ai besoin que tu ailles dans la chambre avec elle. Tu dois fermer la porte derrière toi, lui bander les yeux et lui chuchoter à l’oreille que tout sera bientôt qu’un lointain souvenir et qu’elle va retrouver ses parents dans sa maison très prochainement. Est-ce que tu peux faire ça ?

— Mais papa m’interdit d’aller dans la chambre.

— Je sais, mais il ne le saura pas, puisque que je vais l’arrêter avant. Alors ? Est-ce que tu veux bien m’aider ?

Gabrielle tendit un torchon (trouvé dans la pièce) à la fillette afin qu’elle cache les yeux de l’adolescente avec. Elle avait repris son sérieux et posé sur Sarah un regard grave. Il était important que la plus âgée des deux ne la voie pas plus. La petite semblait raisonnable. L’autre, en revanche, avait l’air trop paniquée pour comprendre qu’elle ne devait pas parler. Comme Gabrielle ne voulait pas faire de victime inutile et que celle-ci n’avait pas encore vu son visage, mieux valait parer tout risque.

— D’accord.

La fillette alla dans la chambre et ferma la porte. Gabrielle lui demanda de ne pas sortir tant qu’elle ne lui en aurait pas donné l’autorisation. Au moment où la fillette ferma derrière elle, Gabrielle vit sa cible revenir. Elle n’avait pas eu le temps de préparer ses affaires.

C’est pas bien grave, je le ferai le temps qu’il se réveille.

— Sarah ! Je suis rentré. Tu as fait ton ménage j’espère ?

Le père, ne recevant aucune réponse de sa fille, ferma la porte d’entrée tout en cherchant où elle se cachait. Il avança d’un pas avant de sentir un mouchoir se poser sur son nez et d'en inhaler ses vapeurs soporifiques. Il se retourna, mais le temps qu’il voie une forme humaine trouble, il s’écroula au sol.

— Bien ! Au travail maintenant.

L’Ange Noir tira le corps endormi pour l’installer sur une chaise de la cuisine. Elle serra des liens autour de ses poignets et de ses chevilles et remplit une seringue d’une drogue fournie par Le Furieux. L’homme se réveilla en sursaut lorsqu’il s’aperçut qu’il était retenu prisonnier.

— Qui t’es toi ? Et qu’est-ce tu m’veux ?

— L’Ange Noir, tueur à gage, et on m’a embauchée pour te tuer.

— Dis-moi combien on t’a payée et je t’en donne le double pour rester en vie.

Gabrielle sourit amusée. Ce n’était pas la première fois qu’on lui faisait cette proposition.

— Ce n’est même pas la peine d’y penser. Vois-tu le professionnel engagé pour te supprimer sous-traite certains de ses contrats… dont celui sur ta tête. Donc si je devais ne pas te tuer, il aurait des comptes à rendre à son client et, par la même, moi à lui. Or, tu peux me croire sur parole, il n’est pas le genre d’homme avec qui on peut s’expliquer. De plus, pour ton plus grand malheur, apprends que lorsque j’ai un travail, je l’exécute sans me poser de question.

— Tu peux pas m’tuer ! t’es une femme ! Les femmes sont là que pour servir les hommes, bordel.

— Non ? Il en existe encore des comme ça ? Eh bien, si ça peut te réconforter, apprends que le pro pour qui je bosse est un homme. Donc en te tuant, je sers un homme. Ça te fait plaisir ?

Gabrielle montra son aiguille à sa cible et après lui avoir serré un garrot sous l’aisselle droite, pendant qu’elle parlait sur un ton monocorde, elle commença à injecter le produit.

» Voilà ! Ne t’en fais pas pour les filles, elles devraient survivre sans toi. Je les ai mises à l’écart pour éviter qu’elles voient le spectacle.

Mais l’homme ne réagissait déjà plus, le produit qu’elle lui avait injecté faisant déjà effet. Elle desserra ses liens et plaça la seringue dans la main gauche de sa victime. Il était maintenant perdu.

Une fois ses affaires rangées, Gabrielle entendit le chant de sirènes dehors. Lorsqu’elle alla à la fenêtre elle reconnut les véhicules de police. Elle s’étonna de les voir, se demandant si Sarah les avait prévenus. Comme il ne faisait pas bon rester ici, elle alla frapper à la porte de la chambre pour que la gamine ouvre.

Une fois la porte béante, elle inspecta la salle, mais ne constata la présence d’aucun téléphone et l’adolescente était toujours ligotée, les yeux bandés. Elle appela l’enfant pour qu’elle la rejoigne en dehors de la chambre – pour que l’autre ne les entende pas – et s’agenouilla alors pour avoir le visage de Sarah face au sien.

— Je veux que tu me fasses une promesse, reprit Gabrielle sur un ton malicieux, comme si tout n’était qu’un jeu. Je veux que tu ne parles de moi à personne. J’ai fait ce qu’il fallait pour que ton vilain papa ne fasse plus de mal à personne, mais je risque d’avoir de gros ennuis si tu parles de moi, tu comprends ?

— Oui.

— Normalement je devrais te tuer, pour éviter les témoins. Mais tu t’es montrée coopérative jusqu’à maintenant, donc j’ai envie de te faire confiance. L’autre, elle, je ne vais pas lui montrer mon visage. Comme ça je suis tranquille.

— D’accord.

— Tu me promets que tu ne diras rien ?

— Promis.

Gabrielle commença à partir, mais se ravisa. Elle empoigna la fillette.

— Sarah !

L’enfant la regarda inquiète, Gabrielle serrait ses deux bras avec fermeté et son ton était devenu menaçant.

» Je te fais confiance, mais ! je veux que tu saches que si tu me trahis, je peux très bien te faire vivre une existence pire que celle que ton papa t’imposait. Tu comprends ?

— Moui.

La fillette frissonna. Elle ne connaissait que sa vie, mais elle ne l’aimait pas.

— Donc, pas un mot sur moi.

— Pas un mot.

— Merci ma belle. Tu es un ange.

Gabrielle embrassa Sarah sur le front et, avant que la police arrive, sortit par la fenêtre de la chambre qui donnait sur un jardin rempli d’arbres et de hautes herbes, pour s’enfuir sans que personne ne l’aperçoive.

Une fois sur sa moto, son casque sur la tête, elle examina les acteurs de cette scène de la vie de Sarah qui se jouait devant ses yeux. Un homme surtout, celui qui se présentait comme lieutenant de police. Gabrielle imprima les visages dans sa mémoire, au cas où elle devait en croiser un bientôt. Au cas où la fillette devait la vendre. Mais presque deux années passèrent avant que Gabrielle croise à nouveau le chemin d’Olivier. Et ses souvenirs s’étaient estompés.

 

*

 

« A dire vrai, j’ai trouvé ton pote bien plus intéressant que la gamine. Tu comprendras en lisant ce qu’il y a dedans. Sur ce, je ne te retiens pas, j’ai beaucoup de travail ce soir. »

En une seconde, le souvenir de sa visite chez Lamentice fait s’effacer le sourire que les lèvres de l’adolescente dessinaient. Tout le monde sait que tous les dealers du coin travaillent pour Lamentice, qui achète la marchandise en gros avant de la distribuer. Ajouté à ça l’attroupement d’hommes de main dans le bar, attendant qu’un ordre leur soit donné, Gabrielle commence à se poser des questions. Lamentice peut très bien avoir omis de mentionner son nom dans le dossier qu’il lui a remis sur Claude Laddey. Et une enquête sur lui serait une explication bien plus pertinente à l’intrusion du policier dans sa vie. Surtout juste après qu’elle ait été filée en sortant de son club.

Elle appelle donc Baptiste, pour en avoir le cœur net.

— Salut Baptiste.

— Gabrielle ? Qu’est-ce que tu veux ? Le boss a été clair, je ne peux plus rien pour toi.

— Je voulais t’inviter à boire un verre pour te remercier. Ça te dit de me rejoindre ce soir ?

— J’ peux pas c’soir, j’ai un truc à faire…

En même temps… réfléchit-il. Une ouverture pareille ne se présentera qu’une fois, à mon avis. Je serais fou de ne pas saisir ma chance.

» Ou alors si, mais après.

— Dans ce cas, on peut se retrouver quand tu auras fini. Où est-ce que tu seras ? Je peux te rejoindre, ça nous fera gagner du temps.

— Dans la zone industrielle ouest. On peut se rejoindre à l’arrêt de bus à côté du bâtiment qui a pris feu y a cinq ans ?

— Ça marche !

— Ne viens pas avant onze heures ! Tu risquerais de le regretter sinon.

— Onze heures ? Tu préfères pas qu’on se voie avant ton truc plutôt ?

— Impossible, je dois y être dans une heure.

— Très bien, alors à onze heures à l’arrêt de bus.

— Merci pour le verre.

— De rien. Mais dis-moi ? Qu’est-ce que tu vas faire dans cette zone à une heure pareille ? Y a que des entreprises…

— C’est secret !

— Tu sais que je suis une tombe.

Après une seconde de silence, Baptiste s’entête.

— Je peux juste te dire que demain les journaux auront des nouvelles croustillantes à raconter.

— Ben dis-moi ! Ça a l’air sérieux pour que tu gardes ta langue.

— Ça l’est.

— Ok, je n’insiste pas, à tout à l’heure.

Gabrielle raccroche.

 

Y a pas à dire, songe Gabrielle. Je préfère de loin être du côté de ceux qui prennent le moins de risques. Certes, la mort m’attend à chaque fois, mais si je prépare soigneusement mes missions, la probabilité de me faire tuer est faible.
Pour un policier ou pour le responsable d’un réseau, quel qu’il soit, la menace est bien plus grande. Il doit se faire un nom et rencontrer des gens pour faire marcher la boutique. Moi, personne ne connaît mon visage, ma réputation et mon pseudo suffisent. Dans ma vie de tous les jours, je ne risque rien…
Lamentice doit être ravi de m’avoir eue comme cliente en fin de compte.

Par contre elle est vexée de n’avoir pas eu droit à un geste commercial pour l’aide qu’elle lui a apportée.

Pire, il a essayé de me cacher que c’est grâce aux recherches que je lui ai commandées qu’il a pu établir ses plans pour ce soir.

— Ah ! Lamentice, tu aurais dû être bon joueur et ne pas me faire payer tes recherches sur Olivier Sotrane, je t’ai filé un sacré coup de pouce sur ce coup-là. C’est pas fairplay, j’aime pas ça… Je n’aime pas ça du tout. C’est déloyal et je n’aime pas qu’on me soit déloyal.

Tout en attrapant son téléphone portable, Gabrielle prend la direction de la cuisine pour se préparer un dîner consistant.

» Allô Dorian ?... Lâche ta gamine, j’ai besoin de toi maintenant…

 

 

 

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