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Abigaëlle s’est réveillée à plusieurs reprises depuis la discussion qu’elle a entretenue avec Dorian sur les règles à suivre durant son entraînement. La première fois, elle était encore épuisée, mais elle a réussi à garder les yeux ouverts. Dorian lui a présenté numéro deux bis, sous le nom de numéro deux. Abigaëlle, toujours un peu possessive, n’a pas apprécié de ne pouvoir se retrouver, même un court moment, seule avec son maître avant qu’une autre arrive. Mais Dorian a été clair, il veut qu’elle réprime ses émotions, il veut qu’elle soit, au même titre que les autres filles qui viennent : son outil, sa machine à tuer.

Peu à peu, elle s’est sentie revigorée par sa convalescence. Dorian n’a, à aucun moment, attenté à ses jours depuis qu’il l’a soignée de sa blessure par balle dans le ventre. Aujourd’hui, elle a même enlevé son bandage et regarde avec fierté la cicatrice qui marque l’importance qu’elle a pour son maître.

Vous auriez pu me tuer (vous auriez DÛ me tuer !), si vous ne m’aviez pas trouvé intéressante.

Abigaëlle sait qu’il ne la laissera pas abuser de cet avantage. Mais elle ne peut s’empêcher de ressentir de la joie à cette idée, malgré le fait que, si elle devait faillir − comme il le lui a dit − il n’hésiterait pas à se débarrasser d’elle.

Alors il ne tient qu’à moi de vous prouver que je vous suis indispensable, maître. Et je compte bien le faire.

 

Numéro deux, quant à elle, est assez capricieuse en règle générale, mais Abigaëlle la soupçonne de cacher sa détresse derrière ce défaut. Car souvent, quand Dorian n’est pas là, sa sœur d’arme pleure et Abigaëlle la réconforte. Numéro deux est plus âgée (dix ans) mais beaucoup moins sûre d’elle et beaucoup moins douée pour l’entraînement. Si Abigaëlle compte bien, Dorian aurait dû la faire passer au niveau supérieur de l’entraînement depuis plus d’un mois déjà, puisque le défilé de la fête nationale aura lieu dans quelques heures. Mais elle revient tellement couverte de peinture, qu’Abigaëlle ne doute pas du résultat si elle devait se confronter à de vraies armes.

Pourtant, son maître lui répète sans cesse qu’il ne veut pas perdre son temps avec des filles incompétentes, aussi ne comprend-elle pas pourquoi il lui laisse autant de chances.

Est-ce parce que vous vous êtes souvent absenté ces deux derniers mois et que vous n’avez pas vraiment pu juger de son niveau ? Peut-être bien.

Abigaëlle a eu la responsabilité de numéro deux bis chaque fois et chaque fois elle faisait un rapport détaillé au retour de son maître. Et chaque fois, il lui disait de ne pas changer les munitions ; juste leurs emplacements.

Le temps passant, et la solitude pesant, elles ont sympathisé. Numéro deux bis ne se montre pas capricieuse avec Abigaëlle, au contraire, elle est des plus serviables. Elle sait que numéro un est très faible et elle l’aide dès qu’elle en a l’opportunité. Abigaëlle se surprend même à jouer avec elle pour rendre leur vie plus plaisante. Elles s’amusent à ces jeux d’enfants, qui lui plaisaient tant lorsqu’elle avait encore une vie normale.

Inès était gentille, elles s’étaient vite apprivoisées et avaient créé des liens basés sur le travail. Avec cette numéro deux, c’est différent. Dorian s’occupe peu d’elle, il n’est pas aussi dur. Il est plus lent dans son entraînement, plus patient. La numéro deux d’aujourd’hui a peut-être peur, mais elle ne connaît pas la frayeur que peut inspirer leur maître. La numéro deux d’aujourd’hui ne sait même pas pourquoi elle a été recueillie, à en croire les discussions qu’elles ont lorsque Dorian les laisse ensemble. Il ne lui a rien dit et elle s’interroge encore sur les tenants et les aboutissants de leur entraînement. Pourtant, Abigaëlle s’est attachée à elle plus qu’à Inès. Ce n’est pas une camarade de combat, c’est une copine, comme elle pouvait en avoir à l’école. Elles s’amusent, elles papotent, elles vivent ensemble un semblant de vie de petites filles normales. Elle a plus d’affinités avec elle. Elle sait qu’elle ne devrait pas s’attacher, car Dorian finira tôt ou tard par la supprimer − elle n’a pas le niveau − mais c’est plus fort qu’elle. Elle voit en elle comme une petite sœur qu’il faut protéger de l’adversité. Elle a envie de rendre ses derniers jours agréables à vivre.

Abigaëlle est toute à ses pensées, quand Dorian ferme le placard où il vient de ranger la vaisselle de son petit déjeuner et se retourne pour l’appeler.

— Numéro un.

Abigaëlle, qui a été assignée au ménage le temps de se remettre sur pieds, lâche des yeux le sol qu’elle est en train de laver et offre toute son attention à son maître. Numéro deux, assise sur sa paillasse, lève son nez du livre qu’elle est en train de lire.

— Oui, maître ?

— Demain tu recommences l’entraînement.

— Bien, maître.

Abigaëlle reprend son travail là où il en était, sans broncher. Elle se sent encore faible, mais son maître n’est pas du genre à attendre un entier rétablissement avant de reprendre les choses sérieuses, surtout quand la blessure est due à une punition.

Il l’a prévenue de ce que recommencer l’entraînement signifie. Elle s’inquiète, elle ne sait pas si elle sera assez forte, car elle s’attend à affronter un autre adversaire que lui demain, un ennemi qui ignore ses difficultés et qui s’en servira quand il les aura découvertes. Elle se demande où Dorian compte envoyer numéro deux pendant ce test.

Peut-être à sa course matinale ?! suppose l’enfant. Je verrai bien demain. Pour le moment, la maison doit être nettoyée.

Le lendemain matin, comme d’habitude, Abigaëlle se lève à cinq heures avec numéro deux et Dorian. Comme d’habitude, ils préparent leurs petits déjeuners en silence. Comme d’habitude, ils mangent sans prononcer un mot. Et comme d’habitude, ils nettoient leur vaisselle sans qu’aucune parole ne soit échangée.

Le rituel du matin terminé, Abigaëlle sort à six heures moins cinq pour s’échauffer avec numéro deux. Dorian les suit, s’assoit sur son tronc et attrape un bout de bois pour le sculpter.

— Les filles, vous n’allez pas courir aujourd’hui.

Abigaëlle le regarde étonnée. Elle était, jusque-là, persuadée qu’il la testerait loin de numéro deux bis. Si elle devait voir ce qui va se passer, il se pourrait qu’elle soit plus effrayée encore.

» Abigaëlle, Sophie…

Dorian les nomme. Abigaëlle commence à entrevoir ce qu’il a prévu comme test et il ne lui plaît pas du tout. Sophie est fragile, elle ne peut pas se battre contre elle. Même dans son état, elle est sûre de gagner.

« Je te ferai te battre contre quelqu’un que normalement, vu ton niveau avant ton arrêt, tu aurais pu vaincre. »

La règle de Dorian retentit dans sa tête comme le craquement d’un chien qu’on écrase avant de tirer et ne lui permet plus aucun doute sur l’épreuve qu’il va lui faire passer.

» Si je vous appelle par vos prénoms, c’est parce que l’une d’entre vous va mourir ce matin.

Sophie sursaute, craintive, et se blotti contre sa camarade, pour qu’elle la protège.

» Tu vois Abigaëlle, il y a plusieurs sortes de tests. Tu peux tester les compétences techniques, intellectuelles, mentales, ou, ce qui est ton cas aujourd’hui : l’obédience. Tu m’as résisté avec Inès et je t’ai punie. Tu as survécu à ta punition, donc aujourd’hui, je dois te soumettre à examen.

» Si tu échoues, tu sais ce qui t’attend.

Abigaëlle sent la main droite de Sophie garroter un peu plus son bras, submergée par la frayeur.

— Mais elle n’a aucune chance contre moi ! C’est déloyal ! commence-t-elle à riposter.

— Je sais. Et c’est là tout l’intérêt de mon test.

Dorian lance une dague à Abigaëlle qui la rattrape.

» Tue-la.

— Pourquoi ? Elle n’a pas échoué pendant l’entraînement.

— Evidemment qu’elle n’a pas échoué. Tu crois qu’on trouve des orphelines à tous les coins de rue ? Il fallait la garder en vie suffisamment longtemps pour toi. Ce qui sous-entend qu’il a fallu attendre que tu t’attaches à elle plus encore qu’à Inès. Et toi, grande sentimentale et pauvre idiote que tu es, c’est exactement ce que tu as fait.

— Mais…

Dorian se lève, le regard sévère.

— Tue-la, Abi.

Abigaëlle se retourne face à une Sophie pétrifiée. La fillette ne peut plus bouger tant l’effroi la tétanise. Petite chose innocente qu’Abigaëlle apprécie et qu’elle aurait voulu garder près d’elle, pour adoucir ses conditions de vie. Mais son maître s’est montré plus qu’explicite.

« La prochaine fois que tu refuses de tuer une de tes camarades, je vous tue toutes les deux. »

Je ne veux pas mourir, se dit-elle. Je ne le peux pas. Je dois, je veux, venger maman.

Abigaëlle enserre avec la force du désespoir le manche de sa dague. Son bras hésite à obéir, partagé entre le sentiment d’amitié qu’elle éprouve pour Sophie et la dévotion qu’elle ressent pour son maître. Dorian se penche alors derrière le dos de sa numéro un, pour que ses lèvres frôlent le lobe de son oreille.

— Kill her, Abi ! Kill her only 'cause I order you.[17]

Dorian parle dans sa langue maternelle, preuve qu’il ne plaisante pas. Depuis qu’elle vit avec lui, son maître lui a suffisamment enseigné l’anglais pour qu’elle comprenne ce qu’il lui dit.

— Bien maître !

Abigaëlle lève le bras et plante sa lame avec force dans la poitrine de sa dernière amie, en plein cœur, et la retire aussi vite, pour qu’elle ne souffre pas. Le cadavre sans vie d’une seconde numéro deux tombe sur l’herbe du jardin.

Si je vous ai obéi aujourd’hui, maître, pense-t-elle à l’attention de son mentor, c’est uniquement pour vous plaire. Je vous ai promis de ne plus vous décevoir, alors je ferai tout ce que vous m’ordonnerez…

Puis Abigaëlle lâche l’arme du crime, touchée par la violence de son geste, et court jusqu’à sa paillasse pour y pleurer tout son saoul, Elisabeth D entre ses bras.

Dorian souffle.

Elle a progressé, c’est sûr ! Mais va quand même falloir continuer à travailler son émotivité.

Il retourne dans la cabane et ramène Abigaëlle sur le lieu de son allégeance.

— Je te l’ai déjà dit Abi, je veux que tu regardes la mort en face et que tu n’en aies pas peur.

— J’en ai pas peur. C’est juste que…

— Que tu t’en veux de l’avoir achevée ? Tu es triste ?

— Oui, répond-elle dans un hoquet.

— Pas d’émotion Abi, pas de sentiment. Tu ne dois éprouver aucune culpabilité, aucun chagrin, aucune hésitation. Si tu ne l’avais pas supprimée, c’est moi qui l’aurais fait et je t’aurais éliminée ensuite. Et tu ne veux pas mourir n’est-ce pas ?

— Non… Mais c’est pas pour ça que je l’ai tuée. Je l’ai fait uniquement pour vous. Parce que c’est ce que vous vouliez que je fasse.

Oh bien ! Parfait ! La leçon commence à rentrer on dirait ! constate Dorian, satisfait.

— Bien ! Bien ! C’est très bien ça. C’est exactement ce que tu dois faire, Abi. Tu dois juste m’obéir. Donc ne culpabilise pas.

— Mais je l’aimais bien.

Ah ! Commence seulement à entrer, s’amuse-t-il. Va falloir enfoncer le clou on dirait…

— Et c’est là que ça pèche Abi. Si je te dis de proscrire tout ce qui est sentiment, ce n’est pas pour rien. C’est justement pour éviter ce genre de situation. Imagine que tu ais eu un contrat à remplir sur elle. Tu aurais fait quoi ? Tu l’aurais refusé ?

— Oui, répond Abigaëlle au milieu de ses reniflements.

Elle essaie de ravaler ses larmes, mais elles coulent sans qu’elle ne puisse rien y faire. Son chagrin est le plus fort.

— Et tu sais ce qui se passerait dans ce cas-là ?

Dorian plie ses genoux et pose ses mains sur les épaules d’Abigaëlle. Leurs têtes sont quasiment à la même hauteur.

» Le contrat serait rempli par quelqu’un d’autre. Et tu perdrais, par la même : ton amie, ton client et l’argent qui te serait revenu si c’était toi qui avait fait le travail.

Les larmes d’Abigaëlle s’estompent. Elle a du mal à assimiler ce que son maître veut lui faire comprendre, elle n’en a pas envie.

» Abi… la vie, la mort… pour nous, elles sont étroitement liées. Mais je peux t’assurer une chose : c’est que si tu continues ton sentimentalisme, ta vie va être courte et ta mort proche. Dans notre univers, Abi, s’il y a une loi dont tu dois te souvenir : c’est qu’à la moindre faiblesse, tu n’existes plus. Et personne ne te pleurera.

— C’est triste.

— La vie est triste Abi ! Mais tu dois savoir une chose…

— Quoi ?

— Tu as réussi, répond Dorian en écartant les cheveux humides du visage de l’enfant et en lui souriant, satisfait. Tu peux être fière de toi, Abi, autant que je le suis. Tu as réussi là où la dernière fois tu avais échoué.

Un sourire perplexe se dessine sur les lèvres d’Abigaëlle et Dorian se relève.

» Maintenant, aide-moi à faire disparaître le corps. Après, je te laisserai encore deux semaines pour te remettre de ta blessure et nous reprendrons l’entraînement en douceur. Pour que ta musculature revienne. Je testerai tes capacités dans un mois et demi.

Abigaëlle inspire tout l’air que sa cage thoracique peut contenir avant de l’expulser dans un souffle lent et calmant. Elle ne sait plus quoi penser. Elle aime Dorian plus qu’un père. Il est son maître, il est le pilier de son univers, elle se sent liée à lui. Elle sait qu’il peut exiger de plus en plus de choses d’elle et qu’elle lui obéira, juste parce que c’est lui. Mais elle en a peur aussi, il n’hésiterait pas à la tuer si elle devenait un obstacle et comme elle ne veut pas mourir, sa soumission est sa seule assurance vie.

Dorian, lui, a eu ce qu’il voulait. Abigaëlle devient plus dévouée à mesure que les jours passent. Bientôt, il pourra lui parler de la dame aux cheveux orange qui a assassiné sa maman et qu’elle veut exécuter pour se venger. Bientôt, il pourra lui dire qu’il la connaît. Bientôt il pourra lui faire entendre qu’elle ne doit plus vouloir la tuer.

 

*

 

Oliver est parti depuis cinq minutes. Gabrielle a raccroché son téléphone après avoir rapidement donné ses directives à Lamentice alors que la lumière grillagée de son entrée tapissait déjà son salon d’un éclairage rouge. Gabrielle descend les deux marches qu’elle a montées pour regarder le départ de l’ASS et se précipite dans sa cuisine.

Alors qu’elle arrive au niveau de l’arche qui marque l’entrée de la pièce, l’adolescente sent une main s’approcher de sa joue avec virulence et a juste le temps de bloquer le bras musclé de Dorian avec le sien. Il a porté son coup avec une violence qu’elle ne connaît que trop bien. Elle s’attend donc à passer une soirée difficile.

— Bitch ! You betrayed me !

— What ?[18]

Gabrielle recule dans son salon en position de garde. La lumière rouge s’est éteinte. Il fait sombre, mais elle n’a pas besoin de voir pour se défendre et elle sera plus à l’aise dans une salle que dans l’espace réduit d’une embrasure.

— Who’s this guy ? Since when do you entertain men ?

— He's harmless. He did nothing wrong.

— I don't give a shit about him. He owe me nothing.

— Neither I do ! Not anymore ![19]

Gabrielle le défiant, Dorian précipite son poing droit dans l’estomac de la jeune fille, qui tente en vain de le retenir. Gabrielle lui a toujours appartenu et lui appartiendra toujours ; elle n’a pas le droit de lui répondre et encore moins de lui mentir. L’adolescente sait ce qui l’attend, car plus Dorian se sent menacé, plus il s’acharne.

Tant qu’il n’aura pas ce qu’il veut, il ne la lâchera pas.

Gabrielle a réussi à ralentir son coup, mais pas à le stopper et lorsqu’il la percute elle crache un râle de douleur. Dorian ne retient pas son bras et ne retiendra aucun de ses coups ce soir.

— Please Dorian ! I beseech you ! Calm down ! Please…[20]

Dorian lance son poing dans un crochet du gauche sur le visage de Gabrielle. L’adolescente n’a pas le temps de lever son bras pour se protéger et prend le coup à pleine puissance. Elle tombe au sol, à la merci de Dorian qui l’attrape par la racine des cheveux, le regard noir.

Non… Non… Non… s’oppose-t-elle en silence.

» Tu as ma parole que tu n’as rien à craindre de lui !

— Oh ! Mais je m’en fous de lui. Tu m’as désobéi.

— J’ai rien fait…

Avant qu’elle ait fini sa phrase, Dorian la tire pour la lever et une fois debout, l’attrape par la gorge pour la plaquer contre le mur, le bras tendu au-dessus de sa tête. Par réflexe, la jeune fille étire ses orteils en pointe, mais il lui est impossible de ne serait-ce qu’effleurer le sol, tant il est loin au-dessous de ses pieds.

Suffoquant, plus aucun son ne sort de sa bouche. La priorité de son corps, pour l’instant, est de trouver suffisamment d’air pour rester en vie.

— Tu le connais ?

Gabrielle répond d’un signe affirmatif de la tête.

Le calmer… je dois ne pas faire de geste brusque, ne pas aller à l’encontre de ses décisions. Me soumettre. Rester en vie…

» Mais tu ne m’as jamais parlé de lui.

Elle secoue la tête pour confirmer.

» Tu n’as rien fait, oui. Et pourtant tu aurais dû !

Dorian enserre la gorge de sa disciple et la lance avec force contre le sol. Gabrielle chute, bras et jambes les premiers. Et alors qu’elle touche à peine le sol, Dorian a déjà projeté son pied dans son ventre, l’obligeant à faire un demi-tour et à atterrir sur le dos, dans un deuxième râle de douleur.

» Qui c’est ce type ?

— Un gars… des services sociaux, couine-t-elle pour réponse.

— Des services sociaux ? Qu’est-ce qu’il te veut ?

— Mon proviseur… a fait appel à lui… pour savoir pourquoi… je suis si souvent absente, peine-t-elle à expliquer.

Dorian s’assoit à côté d’elle. Gabrielle ne bouge plus. Elle se soumet. Si elle ne veut pas que Dorian la tue, elle n’a pas d’autre alternative. Il lui a prouvé trop souvent qu’il vaut mieux subir la violence de sa colère plutôt que celle de sa fureur. Il ouvre la fermeture éclair de la veste de jogging de l’adolescente qui commence à pleurer, la lui ôte ainsi que son t-shirt et sa brassière, dans le but d’optimiser la compréhension de sa leçon, en l’exerçant à même la peau.

— Pitié Dorian… J’ai rien fait de mal… je te promets… le supplie-t-elle en attrapant son poignet dans une dernière tentative d’adoucir son humeur.

— Shush ! Shush ! Shush…[21]

Dorian a posé son index sur les lèvres de la jeune fille qui sent le flot de ses larmes augmenter en lâchant le bras du seul homme qui peut faire ce qu’il veut d’elle. Gabrielle ne termine pas sa phrase. Dorian ne connaît pas la pitié, à quoi bon lui en réclamer ?

» You know what gonna happen, isn't it my Kitten ?[22] lui demande-t-il sur un ton tranquille, en caressant son visage pour repousser ses cheveux et essuyer les larmes de ses joues.

— I can guess... fairly well[23], lui répond-elle la gorge serrée et les yeux inondés.

— Tu m’as trahi. Je t’avais dit de ne pas t’inscrire dans cette école, que notre métier ne nous permettait pas de vivre avec le commun des mortels, que tu allais attirer l’attention sur nous. Hein Kitten ? Je te l’avais dit ?

Gabrielle confirme d’un signe de tête, en ravalant ses larmes.

» Mais tu ne m’as pas écouté et tu l’as fait quand même. Maintenant…

Dorian détache sa ceinture et la sort de ses passants, en retournant Gabrielle pour l’allonger sur le ventre. Deux secontes plus tard, l’adolescente se met à hurler et agrippe la chaussure de son bourreau. Dorian vient de lui asséner un premier coup. Et il continuera jusqu’à avoir fini ses explications. Puis il la recoudra après, à vif, pour que la leçon soit des plus pertinentes. C’est sa punition pour courir un risque inutile qui peut lui être préjudiciable à lui aussi.

— Shush ! Shush ! murmure Dorian sur un ton doux et calme en repoussant la main de Gabrielle.

La pire tonalité qu’elle connaisse chez lui. Il est capable de mille tourments lorsqu’il est dans cet état. Lorsqu’il entre dans cette exaltation dominatrice et ne voit plus qu’une chose : jouer avec sa proie.

» Maintenant tu as une voiture qui te file et les services sociaux au cul. Ça fait beaucoup, tu ne trouves pas ?

Dorian fouette à nouveau Gabrielle qui essaie d’étouffer ses cris en mordant son index gauche plus fort, à mesure que la ceinture mâche ses chairs.

Elle ferme ses poings de toutes ses forces, sans le toucher cette fois, ayant plié ses bras sous son torse et le laisse agir à sa guise. Entre ses mains, elle n’est qu’une petite chose fragile dont il s’amuse sans vergogne. Et Dorian possède une connaissance du corps humain qui lui permet de la punir de son affront sans casser son jouet.

— Ils ont rien contre toi… Ils te connaissent pas… Je te jure…

— Just be glad ![24] l’interrompt-il en faisant une pause. Mais je pense quand même qu’il est temps pour Gabrielle Sartes de disparaître !

— J’peux pas, éclate-t-elle en sanglots. Pas avant d’avoir réglé le problème Délardois.

Dorian sent la rage monter. Gabrielle n’a pas le droit de lui désobéir, elle n’a pas le droit de lui dire non. Alors il reprend plus vite et plus fort. Jusqu’à ce que l’adolescente n’arrive plus à contenir ses plaintes et se mette à hurler pour réclamer sa clémence, son corps secoué de spams.

Au bout de cinq minutes, essoufflé, il s’arrête pour parler.

— Je veux que tu oublies cette histoire, lui commande-t-il. Tourne la page. L’innocente petite Abigaëlle Délardois n’est plus ! Et toi, qui es ma création, mon chef d’œuvre, tu dois m’obéir.

— J’ai pris… mon indépendance… je ne… t’appartiens plus.

Renier ses acquis serait prendre le risque que Dorian la rapatrie chez lui.

Et ça, je ne le supporterais pas.

Dorian l’attrape par le cou pour la relever et Gabrielle suit difficilement le mouvement, ses jambes ne la portant presque plus. Puis il plante son regard dans les yeux de sa disciple, qui les baisse aussitôt.

— Je te ferai m’obéir à nouveau, Kitten, by fair means or foul.[25]

Puis il l’attire contre lui afin que ses lèvres frôlent son lobe.

» You… are… mine… only mine ![26] lui susurre-t-il à l'oreille en prenant soin de détacher chaque syllabe pour qu’elle les intègre bien, avant de se redresser, de caresser sa joue et de la gifler avec humeur. Gabrielle chute mais n’essaie pas de s’enfuir. Elle sait qu’il n’en est qu’à l’échauffement. Il l’a formée pour qu’elle se laisse faire par lui. Alors elle subira sa correction, avec ses larmes pour seul repli.

 

Une heure plus tard, Gabrielle a perdu connaissance entre les mains expertes de son mentor, qui l’a mal menée avec une brutalité rare. Dorian sort de chez elle et après être monté sur sa moto, rentre chez lui.

Il a vérifié les alentours.

Plus aucune voiture ne surveille les environs. Elle a au moins fait le nécessaire de ce côté-là, se réjouit-il.

 

 

[17] Tue-la, Abi ! Tue-la, uniquement parce que je te l’ordonne.

[18]— Salope ! Tu m'as trahi !
    — Quoi ?

[19]— Qui c’est ce de type ? Depuis quand tu reçois des hommes ?
    — Il est inoffensif. Il n’a rien fait de mal.
    — Je m’en tape de lui. Il ne me doit rien.
    — Moi non plus ! Plus maintenant !

[20] S’il te plaît Dorian ! Je t’en conjure ! Calme-toi ! Pitié…

[21] Chut ! Chut ! Chut…

[22] Tu sais ce qui va se passer, n’est-ce pas mon chaton ?

[23] Je peux... plutôt bien le deviner

[24] Encore heureux !

[25] De gré ou de force.

[26] Tu… es… à… moi… seulement à moi !

 

 

 

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