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Assise sur mon canapé, un saladier de chips sous la main, je m’octroie un dîner télé. Mon mot d’ordre ce soir : Cocooning.

La publicité s'éternise. Je commence à me lever pour aller soulager une petite envie pressante quand j'’étends une femme parler dans mon petit écran. Se joue devant mes yeux incrédules la bande annonce promotionnelle du DVD d’un film relatant les aventures de deux parents se disputant la garde de leurs enfants… mais pas dans le sens habituel. Eux se battent pour que ce soit à l’autre qu’incombe la corvée.

Ce film est censé être une comédie et je suis sûre que pour certains, il peut être drôle. Pourtant, comme tu me le disais souvent, Nané : "On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde." Et ces extraits me font penser à ce samedi où j’étais arrivée chez toi complètement déboussolée, persuadée que mes parents ne m’aimaient plus.

Je n’ai pas envie de voir ce film, je n’ai pas envie de rire du sujet. Je préfère me souvenir la façon dont toi, Nané, tu avais si bien géré le quiproquo.

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En rentrant du travail, j’ai dû amener mon chat chez le vétérinaire. Il a le nez qui coule. Le docteur m’a rassurée, mon petit Hector va bien, il a juste attrapé un rhume, parce qu’il a eu froid. « Il survivra », m’a-t-il dit. Cette remarque m’a fait penser à ce samedi, quand, âgée de dix ans, je suis entrée chez toi au pas de course.

Plus tard, tu m’as avoué que tu savais comment allait se passer notre samedi à la cadence de mes pieds sur ton sol. Tu avais l’ouïe fine pour ce genre de détail. En véritable empathe, tu m’as toujours subjuguée à ne quasiment jamais te tromper sur l’état d’âme d’une personne que nous croisions.

Et ce jour-là, il était évident que j’avais hâte de retrouver ma Nané. Tu avais donc le choix entre une petite fille pressée de t’apprendre une excellente nouvelle, et une petite Liza d’une humeur massacrante. Dans ces cas-ci, tu tendais l’oreille et finalisais ton observation par mon expression verbale. Et à en juger par mes sanglots, tu en as déduit que tu devrais me réconforter avant de jouer avec moi.

Avec la douceur d’un rhinocéros enragé, ma petite tête brune s’est enfoncée dans le ventre d’une Nané qui avait eu la sagesse de s’asseoir, avant que sa gentille tornade joue avec ses organes.

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Ce matin je me suis levée de bonne heure. En réalité, je n'ai pas dormi de la nuit. Je ne dors plus depuis que tu es morte Nané. Mon chagrin l'emporte et je pleure. Je t'entends encore me mettre en garde : « Si on te dit que la vie est belle, c'est faux. La vie n'est pas belle. La vie est dure et injuste. C'est pour ça que si tu veux que la tienne soit belle, mon petit ange, tu seras la seule à pouvoir faire en sorte qu'elle le soit. » Puis je sens tes bras réconfortants m'enlacer et tes lèvres se poser sur mon front pour y déposer un baiser.

Et à cet instant, alors que j'enfile la robe noire que j'ai achetée pour toi et que jamais, après aujourd'hui, je ne pourrai reporter, je comprends toute la pertinence de ton propos. La vie ne peut être que dure et injuste pour me voler ma meilleure amie aussi tôt. Mais Nané, je compte bien suivre tous tes conseils à la lettre pour, comme tu me l'as conseillé, faire en sorte que ma vie soit belle.

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