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Ce matin je me suis levée de bonne heure. En réalité, je n'ai pas dormi de la nuit. Je ne dors plus depuis que tu es morte Nané. Mon chagrin l'emporte et je pleure. Je t'entends encore me mettre en garde : « Si on te dit que la vie est belle, c'est faux. La vie n'est pas belle. La vie est dure et injuste. C'est pour ça que si tu veux que la tienne soit belle, mon petit ange, tu seras la seule à pouvoir faire en sorte qu'elle le soit. » Puis je sens tes bras réconfortants m'enlacer et tes lèvres se poser sur mon front pour y déposer un baiser.

Et à cet instant, alors que j'enfile la robe noire que j'ai achetée pour toi et que jamais, après aujourd'hui, je ne pourrai reporter, je comprends toute la pertinence de ton propos. La vie ne peut être que dure et injuste pour me voler ma meilleure amie aussi tôt. Mais Nané, je compte bien suivre tous tes conseils à la lettre pour, comme tu me l'as conseillé, faire en sorte que ma vie soit belle.

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En rentrant du travail, j’ai dû amener mon chat chez le vétérinaire. Il a le nez qui coule. Le docteur m’a rassurée, mon petit Hector va bien, il a juste attrapé un rhume, parce qu’il a eu froid. « Il survivra », m’a-t-il dit. Cette remarque m’a fait penser à ce samedi, quand, âgée de dix ans, je suis entrée chez toi au pas de course.

Plus tard, tu m’as avoué que tu savais comment allait se passer notre samedi à la cadence de mes pieds sur ton sol. Tu avais l’ouïe fine pour ce genre de détail. En véritable empathe, tu m’as toujours subjuguée à ne quasiment jamais te tromper sur l’état d’âme d’une personne que nous croisions.

Et ce jour-là, il était évident que j’avais hâte de retrouver ma Nané. Tu avais donc le choix entre une petite fille pressée de t’apprendre une excellente nouvelle, et une petite Liza d’une humeur massacrante. Dans ces cas-ci, tu tendais l’oreille et finalisais ton observation par mon expression verbale. Et à en juger par mes sanglots, tu en as déduit que tu devrais me réconforter avant de jouer avec moi.

Avec la douceur d’un rhinocéros enragé, ma petite tête brune s’est enfoncée dans le ventre d’une Nané qui avait eu la sagesse de s’asseoir, avant que sa gentille tornade joue avec ses organes.

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Assise sur mon canapé, un saladier de chips sous la main, je m’octroie un dîner télé. Mon mot d’ordre ce soir : Cocooning.

La publicité s'éternise. Je commence à me lever pour aller soulager une petite envie pressante quand j'’étends une femme parler dans mon petit écran. Se joue devant mes yeux incrédules la bande annonce promotionnelle du DVD d’un film relatant les aventures de deux parents se disputant la garde de leurs enfants… mais pas dans le sens habituel. Eux se battent pour que ce soit à l’autre qu’incombe la corvée.

Ce film est censé être une comédie et je suis sûre que pour certains, il peut être drôle. Pourtant, comme tu me le disais souvent, Nané : "On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde." Et ces extraits me font penser à ce samedi où j’étais arrivée chez toi complètement déboussolée, persuadée que mes parents ne m’aimaient plus.

Je n’ai pas envie de voir ce film, je n’ai pas envie de rire du sujet. Je préfère me souvenir la façon dont toi, Nané, tu avais si bien géré le quiproquo.

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Ce matin, au travail, ma chef se plaignait de sa fille tête en l’air.

— Toujours dans son monde, elle oublie à mesure qu’elle avance… il faut constamment être derrière son dos pour la fliquer. Ça devient usant à la longue !

J’ai souri. Elle m’a fait penser à toi. Mais elle a vu ma mine enjouée et elle l’a mal pris. Je l’ai rassurée en lui expliquant que c’était uniquement parce que j’avais été très proche d’une femme qui, comme sa fille, était lunaire.

— Ma fille n’est pas lunatique ! s’est-elle emportée, en faisant le même amalgame que ta mère, lorsque, en maternelle, elle n’avait pas compris le mot que ton institutrice avait utiliser pour te définir.

— Lunaire, pas lunatique, me suis-je empressée de rectifier. Elle est dans la lune, elle vit dans son monde.

— C’est ça, s’est-elle calmée.

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Ce matin, j’ai regardé mon calendrier. J’ai un rendez-vous dans la semaine, mais je ne me souvenais plus si c’était mercredi ou jeudi. C’est jeudi.

Quand mon regard s’est posé sur ce bout de carton, il s’est automatiquement dirigé vers la date d’estimation du début de mon prochain cycle. C’était avant-hier. Pas de panique… je n’ai aucun des symptômes dont tu m’as parlé dus à la grossesse. Mais je vais surveiller son arrivée, car comme tu me disais toujours : « Ne parle jamais de symptômes de grossesse avec une autre femme. Parce que si tu n’en as ressenti aucun, elle va te maudire, si tu en as ressenti, tu maudiras des femmes qui pourraient pourtant s’avérer très sympa. »

Je sais que pour toi, les grossesses n’ont jamais été simples. Déjà tes deux premières fois qui ont fini en fausse-couche, avec hospitalisation pour hémorragie. Mais surtout la discussion que tu as eue avec ta mère qui, en voulant te réconforter, a plombé un peu plus ton humeur.

Te souviens-tu ?

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