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Ce matin là, comme tous les autres, je bois ma tisane Framboise citron avant d’amener ma petite Marie à la crèche. C’est un beau mardi de printemps. Il fait bon. Pourtant, sur le chemin de retour de la garderie, je pars dans mes pensées. Je me remémore mon passé, la passion oubliée qui a rempli ma vie chaque jour passé aux côté de Junien. Bastien est un excellent époux, mais il n’a pas autant de caractère que Junien, je ne nourris pas autant d’ardeur pour mes sentiments envers lui. Je l’aime bien, même si je sais qu’il aurait espéré plus. J’essaie, chaque jour, de combler ce manque d’affection pour lui par des mots gentils et beaucoup de tendresse, mais mon regard me trahit et Bastien en souffre en silence.

Mes pensés m’absorbent et je ne regarde pas où je mets les pieds. Je regrette parfois la plénitude de ma vie d’avant. Certes elle avait ses inconvénients qui ont faillit me tuer, mais avec le temps j’oublie et me consacre à ma petite Marie, à mon travail et à mes amis.

Aujourd’hui, je n’ai plus à subir les violences de mon mari, je n’ai plus à avoir peur de mourir entre les mains de l’homme que j’aime… Mais j’éprouve un grand vide, le vide que cette passion dévorante a laissé en moi le jour de mon départ et que rien, pas même ma petite Marie n’arrive à combler.

Deux ans et demi maintenant que je vis la petite vie tranquille d’une famille de classe moyenne. Et j’y trouve beaucoup d’avantages, comme celui, par exemple, de pouvoir sortir, voir des amis, sans avoir besoin de la compagnie de mon mari. D’ailleurs, je n’ai pas besoin de mon mari, je suis avec lui parce que j’apprécie sa compagnie, qu’il connaît mon histoire, parce qu’il est gentil et attentionné.

Je marche toute à mes rêveries et en oublie que j’ai une route à traverser. Il est fréquent, d’ailleurs que je me fasse klaxonner. Heureusement pour moi, je vis dans un quartier humble d’une petite ville qui ne voit pas passer de voitures à toutes les heures.

Puis la route que je traverse sans regarder. Le crissement des freins d’une voiture me sort de mes rêves. Comme cette situation est étrange, j’ai déjà vécu cette scène longtemps auparavant, il y a environ huit ans. Je tourne alors la tête pour m’excuser au près du conducteur. Lui est sorti et me regarde furieux.

— Une fois ne t’aura donc pas suffi ?

— Junien ?

— Evidemment, qui voulais-tu que se soit ? Un autre n’aurait même pas eu le temps de s’arrêter !

Une peur m’envahit aussitôt, mêlée à une allégresse que je ne peux expliquer.

— Tu vas bien ?

— C’est à toi qu’il faudrait poser la question. Tu pourrais faire attention à ce que tu fais. Traverser sans regarder peut s’avérer dangereux !

— Oh oui ! Tu as raison, excuse moi. Je ferai attention dorénavant.

Junien commence à se rassoir, avant de se raviser en voyant que je continue de le dévisager sans bouger.

— Bon ! Je suis pressé ! Alors vire de là ou je t’écrase ! De toute façon, tu ne mérites que ça : qu’on t’apprenne à vivre !

Est-ce un signe ? Moi qui n’ai jamais cessé de penser à nos étreintes fiévreuses. Moi qui n’ai jamais cessé de penser à cette passion pour lui qui consumait mes chairs. Moi qui n’ai jamais oublié qu’il a essayé de me tuer…

Non ! Il me faut l’oublier, j’ai assez souffert dans cette histoire, me dis-je en essayant de repousser tous mes souvenirs qui m'assaillent.

C’est partagée entre l’envie de retourner au près de Junien et la peur qu’il fait encore naître en moi, que je le regarde remonter dans sa voiture grognant d’énervement. Je dois me décider à bouger.

Mais pour aller où ? Sa voiture ? Le trottoir ?

Junien et nos sensations fortes, ou Bastien, ma petite Marie et ma vie idéale ? Junien est pressé, il faut prendre une décision rapidement. Je dois prendre ma décision maintenant.

Et c’est ce que je fais.

 

 

 

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