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Cette nuit, j’ai dormi sur le bord du lit conjugal. Je ne voulais pas que mon mari me touche, me frôle, ne serait-ce qu’une seule fois dans la nuit. Mais il n’a rien tenté. Et ce matin, Junien reprend sa vie de tous les jours, sans se soucier d’hier. Je n’ai pas le droit de refuser ses avances puisque je suis sa femme. Il ne m’a pas forcée puisque je lui appratiens, il peut faire ce qu’il veut de moi quand il le veut. Alors il se lève, m’embrasse sur le front et va s’habiller.

Je dormais encore quand il a posé ses lèvres sur moi. Aussi, le contact de sa peau sur la mienne me réveille dans un sursaut de terreur. Je ne supporte plus son contact. Je veux qu’il me laisse. Me suis-je trompée dans mon jugement ? Est-il tel qu’Elise l’a toujours décrit ? Un monstre incapable d’aimer autre chose que ce qu’il crée ou qui que ce soit d’autre que lui-même ? Pourtant je n’arrive pas à me faire à cette idée. Il est Junien, le Junien qui a donné de l’importance à mon existence. Il est l’homme le plus fort que j’ai jamais vu. Il est imposant. C’est un homme, un vrai.

Mais c’est aussi une brute assoiffée de pouvoir. Alors il est normal que celui-ci commence dans son couple. Je le comprends, mais je garde toujours une réserve qui l'aggace sur cette vérité.

Je me dégoûte toujours autant. J’ai envie de me laver, de faire passer la brutalité de mon mari dans un flux d’eau que m’apporterait mon jet de douche. Je voudrais que la couche de savon glisse de mon corps, emportant avec elle la scène d’hier soir. Emportant avec elle les brusques caresses de mon mari. Pourquoi ? Pourquoi un homme qui peut se montrer le plus doux des amants peut-il se révéler le pire des goujats à ses heures. Pourquoi me faut-il être dominée pour me sentir aimée, pour me sentir importante aux yeux de celui qui me regarde. J’aurais voulu être la femme d’un être doux, non d’une brute. J’aurais voulu que Junien meure pour recommencer ma vie avec un autre, plus tendre, plus gentil, qui me dirait des mots d’amour, des mots sensuels…

Mais le supporterais-je, seulement ? Me savoir séparée de Junien me cause autant de crainte que de peine. J’ai fini par craindre le monde qui m’entoure à force de ne vivre que pour Junien. Toujours pour lui, en fonction de lui. Si je n’avais pas eu Elise pour me montrer qu’il y a une autre vie en dehors de lui, alors j’aurais fini par ne plus sortir du tout.

D'ailleurs, depuis mon mariage, je n’ai plus vu mes parents. Alors, oui j’aurais été seule, seule avec Junien, tout puissant, qui se complait à me le rappeler, s’il n’y avait eu ni Bastien, ni Elise. Je comprends l’importance qu’ils ont à ses yeux. Ils sont des remparts qui me protège de ma totale soumission envers lui. Il n’est pas jaloux, il veut seulement me posséder, seul.

Alors je comprends la vigueur qu’il a mise dans chacune de ses punitions. Mais pourquoi ne comprend-il pas simplement que quoi qu’il arrive je ne veux lui appartenir qu’à lui seul ? En doute-t-il tant ? Lui qui me répète sans cesse que je suis à lui et à lui seul. Doute-t-il de son pouvoir ? Est-il si peu confiant ? Me serais-je trompée à ce point ?

Puis il sort de la salle de bain. Il est propre, il sent bon. Il s’assoit sur le bord du lit où je me pose toutes ces questions. Il me regarde, l’œil sérieux. Je vois la proximité qui nous rapproche. J’ai un geste de recul, mais le regard de Junien sévit et je sens une armée d’aiguilles envahir mes poumons et mon ventre à mesure que mon adrénaline me paralyse.

— Ne bouge pas. J’ai quelque chose à te dire.

Je plonge mes yeux de petite fille intimidée qui n’ose bouger devant son maître d’école, dans les siens dominateurs.

» Tu sais Ambre. Je sais très bien que tu ne peux pas me quitter.

Il pose ses mains de chaque côté de ma tête.

» D’abord, parce que tu n’en as pas envie. Et après parce que sans moi tu n’es plus rien. Mais des fois, j’ai l’impression que tu as du mal à le comprendre.

— Non ! Je comprends. Je…

Les yeux de Junien rétrécissent, signe de mécontentement. J’arrête de parler avant même de finir ma phrase.

— Je n’ai pas fini !

Son ton est dur. Je ne dois pas faire d’erreur si je ne veux pas être battue.

— Si… des fois… je te punis… c’est pour ton bien. Tu sais, quand tu étais enfant, tu n’as pas reçu assez de d'attention de tes parents, ni assez corrections quand tu faisais des bêtises. Maintenant il faut bien que quelqu’un se charge de récupérer ton manque d’éducation.

— Je comprends. Mais pourquoi…

Junien sait de quoi je veux parler. Il me coupe, alors, net pour que je ne puisse dire ces mots qui le dérangent, mais me démangent pourtant.

— Je n’ai pas à me justifier. Si tu veux savoir le pourquoi du comment, demande-toi ce que tu as fait au lieu de m’accuser à tord.

Je me lève d’un bond, je veux bien me soumettre, mais je n’accepte pas d’être la cause de cet emportement excessif.

— Je ne voulais pas, et tu m’as fait mal.

Junien se lève à son tour, calmement, regardant le sol fixement. Puis lève la tête d’un coup sec. Plongeant ses yeux dans les miens. Plongeant toute sa colère dans ma peur. Je n’ai pas à critiquer ses faits et gestes.

— Tu n’as pas à vouloir ou non. Si ça t’a fait mal c’est uniquement parce que tu n’y as pas mis du tien.

— Pourquoi ?

— Pourquoi quoi ? Pour qui tu te prends pour me demander des explications ?

Je me mets à pleurer de honte, de chagrin, de fatigue et de renonciation. J’aurais voulu que, pour une fois, il avoue avoir exagéré, mais il n’en fait rien. Il fait ce qu’il désire.

— Arrête donc de miauler pour un rien. Si tu trouves que j’ai exagéré c’est uniquement parce que tu ne veux pas admettre que tu es la seule responsable.

— Je n’avais rien fait de mal.

Junien entre dans une colère encore contrôlable. Mais je me méfie.

— Tu n’as rien fait ? Je t’ai dit de ne parler à aucun homme en mon absence. Et toi la première chose que tu fais c’est m’avouer avoir parler trop longtemps avec ce Bastien. Tu appelles toujours ça n’avoir rien fait ?

— Je ne parle pas de ça. Je parle de ce qui a suivi.

— Et tu te plains ? J’ai eu la bonté de te baiser alors que j’aurais mieux fait de finir de te corriger et tu n’es pas contente ?

— Je ne voulais pas.

J’éclate en sanglots et Junien hurle si fort, que même si nos voisins sont loin de chez nous, ils auraient très bien pu l’entendre.

— Ferme-la !

Junien m’agrippe par les cheveux et colle mon visage en face de ses yeux rageurs.

— De quel droit oses-tu me dire que tu n’avais pas envie ? Je me fiche de savoir si tu veux ou non, Ambre. Si je veux alors on fait. Est-ce que c’est clair ?

Je me soumets d'un signe de la tête, à son ordre. J’ai plus peur de lui que honte de moi-même. Je voudrais qu’il me lâche, qu’il se calme. Et pour mon plus grand soulagement, c’est sa réaction. Il me lâche. Tapote sa veste afin qu’elle retombe correctement. Et le regard sur celle-ci, il conclut la discussion.

— Je ne veux plus qu’on parle de ça.

Il tourna la tête vers moi.

» Je vais être en retard. J’y vais. Tu seras là ce soir ?

— Oui.

— Parfait.

Junien part et je tombe sur mon lit, en larmes.

 

 

 

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