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— Allô ? Elise ?

— Hein ? Oui c’est moi !

Elise a répondu à la troisième sonnerie du téléphone après son réveil. Elle est encore à moitié endormie. Les yeux lourds, elle se demande qui peut bien l’appeler à cette heure.

— C’est Ambre ! Tu dors encore ?

— Attends !

Elise, après avoir traversé le halle d’entrée de sa maison avec son téléphone sans fils et être entrée dans sa cuisine, attrape la première petite horloge qu’elle trouve.

— Euh ! Rassure moi… on est samedi ?

— Oui.

— Et il est bien six heures du matin ?

— Oui.

— Ben oui, je dormais encore. C’est un peu normal non ?

— Excuse moi. J’aurais pu attendre un peu c’est vrai. Mais dis moi ? Tu fais quoi aujourd’hui ?

— Rien de spécial. J’ai toujours mes deux petits à surveiller.

— Et ça te dirait de les surveiller chez moi ?

— Pourquoi ?

— Junien travaille aujourd’hui. Alors je voulais passer ma journée avec toi.

— Et s’il rentre alors que je suis là.

— Ben, en fait, c’est lui qui me l’a proposé…

Silence. Elise ne comprend pas ce nouveau comportement. Pourquoi Junien propose-t-il à sa femme de passer du temps avec sa pire ennemie ? Comprenant le choc d’Elise, je poursuis mes explications.

» C’est étrange je sais. Mais, il m’a dit qu’il ne savait pas à quelle heure il allait rentrer ce soir. Et comme hier je lui ai dit que je m’ennuyais quand il n’était pas là…

— Ok. Je veux bien venir, ça ne me dérange pas. Mais je ne veux pas d’esclandre.

— Promis !

— Je viens avec les petits alors ?

— Oui ! Oui !

— Mais je viendrais à neuf heures. Parce que là ils dorment, et moi je vais y retourner.

— Et Cédric ? Il est pas là ?

— Il doit aller chez ses copains pour regarder un match de foot.

— Oh ! Je vois.

— A tout à l’heure, Ambre.

— A tout à l’heure.

 

*

 

Il est neuf heures tapantes quand Elise toque à la porte. Je suis toute contente. C’est la première fois que Junien me donne l’autorisation de voir quelqu’un en son absence et en plus, c’est Elise. Commence-il à l’apprécier ou est-ce un nouveau jeu ? Je l’ignore mais attends la suite avec une curiosité craintive.

Il ne m’a jamais permis d’avoir une autre vie que la sienne. Il veut diriger la moindre seconde de mon existence et je sais pertinemment que si un jour il devait vraiment me donner le choix entre Elise et lui, je ne le quitterais pas. Est-ce une nouvelle expérience qu’il m’offre pour mieux me persuader que nous sommes faits l’un pour l’autre ? Attend-il qu’Elise trahisse encore notre amitié pour me prouver une fois encore que je ne peux pas lui résister ? Que ma vie entière dépend cet homme ?

— Ambre ?

— Elise ! Entrez.

— Ambre ! Je te présente ma fille Mélisse…

Elle fait avancer une petite fille de cinq ans. Elle est le portrait craché de sa mère. Comme elle est jolie. Elle joue la petite fille timide. Elle sourit, devant la main que sa mère a posée sur l’arrière de sa tête, en se dandinant comme un petit ange.

— Méfie-toi ! Elle est timide quand elle ne connaît pas, mais elle devient très vite envahissante.

J’ai les yeux brillants devant cette image parfaite de la mère et de la femme accomplie. Qu’aurais-je donné pour que Junien m’accorde un enfant. Je ne décroche pas mon regard de cette petite fille qui me rappelle tant mon enfance avec sa mère. La même expression volontaire qu’à notre rencontre. J’ai, devant moi, une petite Elise. Une reproduction de la petite fille qui a séché mes larmes lorsque mes parents oubliaient qu’ils avaient une enfant. Comme cette époque me manque ! Tout y était si simple. Elise était ma sœur d’âme et ses parents se substituaient aux miens. Mais cette petite fille n’est pas Elise et mon enfance est loin à présent.

— Ambre ?

— Oui ?

— Mélisse t’aurait-elle hypnotisée ?

— Elle te ressemble tellement.

— Tu trouves ? Tant mieux, Cédric ne pourra pas se rendre compte qu’elle n’est pas de lui.

— Quoi ?

— Je plaisante !

— Oh ! Pardon, mais c’est tellement…

— Surprenant ?

— Oui.

— Tu as bien regardé les photos que je t’ai montrées pourtant.

— Oui, elle y ressemble, mais là, de la voir en vrai… j’ai l’impression de retomber en enfance.

— Bien, je ne peux pas expliquer ce fait, par contre je peux toujours te présenter le petit bout qui dort dans mes bras.

— Oh ! Pardon !

— Michael !

Lui aussi ressemble à sa mère. Mais il a aussi hérité des traits de son père. Ces mêmes traits qui tarissent la passion que peuvent exprimer les yeux de leur mère. Il est joli, mais pas aussi envoûtant que sa mère ou sa sœur.

— Bonjour toi !

Je lui caresse le menton avec la joie d’une gamine qui vient de trouver une poupée. Je passe d’ailleurs ma journée à m’occuper des petits d’Elise. Je suis heureuse. Elise me regarde, épanouie d’avoir autour de moi deux petits bambins qui s’amusent de ma gentillesse. Je cuisine un bon gâteau avec et pour Mélisse. Michael, plus jeune, me fait les yeux doux et je fonds devant son charme enfantin.

— Ambre ?

— Oui ?

— Tu ne veux toujours pas d’enfant ?

J’engloutis une bouché de ma part du gâteau et avale une gorgée de sirop de fraise avant de répondre. Cette question me blesse.

Bien sûr que si j’en veux un enfant ! Un petit bout du résultat de ma passion pour Junien ? Oui j’en voudrais un, mais pour Junien, le résultat de ma passion est justement que sa femme n’en fasse pas.

— Non ! Une journée avec c’est bien, mais toujours les avoir avec moi, je crois que je ne le supporterais pas.

Mes entrailles se tordent à mesure que je prononce ma réponse. Mais c’est le prix à payer pour réussir à mentir avec tant de franchise dans la voix.

 

*

 

Il est dix-huit heures et Mélisse tient à rentrer chez elle.

— Bien ! Ambre ! Cette journée a été vraiment géniale. Mais tu comprends, Mélisse n’aime pas rester loin de chez elle trop longtemps.

— Oh ! Oui ! Je comprends, et puis Junien ne devrait plus tarder maintenant.

— Au revoir tatan Ambre !

Mélisse me saute au coup et jette sur ma joue un bisou humide que j’apprécie à sa juste valeur.

— Au revoir ma douce.

Elise se lève et prend Michael, endormi sur la banquette, dans ses bras.

— Tu veux lui dire au revoir ?

— Non ne le réveille pas ! Il est si mignon quand il dort.

Je regarde un instant le visage angélique de ce bébé assoupi dans les bras de sa maman qui tète son pouce la tête sur son épaule gauche. Elise pose Michael dans son siège pour bébé. Il ne se réveille pas. Elle attache Mélisse à côté. Elle commence à imiter son frère. Et le temps que sa mère arrive à ma hauteur, Mélisse a, elle aussi, atteint le doux pays des rêves.

— Au revoir Ambre ! Je suis heureuse, ça faisait longtemps qu’on ne s’était pas retrouvée toutes les deux comme ça.

Je prends mon amie dans mes bras quand Junien arrive.

— Il y a Junien.

— Alors je crois qu’il est, effectivement, grand temps que je m’en aille.

Elise se retourne.

— Elise ! Je la rappelle, ayant oublié de lui annoncer une dernière bonne nouvelle.

— Oui ?

— Je viendrai avec toi dans ton groupe, Junien est d’accord.

— C’est bien la première fois que je suis contente de sa réponse.

J’arrive à hauteur de la porte d’entrée quand Junien sort de sa voiture et se dirige dans la direction d’Elise.

— Tu avais amené ta marmaille ?

— Oui, mais ne t’inquiète pas, ma marmaille et moi partons.

— C’est très bien ça. Je ne voulais pas que tu restes plus longtemps.

— Oui... et il est vrai que lorsque tu décides tout le monde se plie à ta volonté.

Junien se rapproche encore plus près d’Elise. Il a son visage contre le sien maintenant.

— Exactement.

Elise reste statique. Emprisonnée par une sensation qu’elle ne connaissait pas encore mais qu’elle n'affectionne pas non plus. Junien pousse de sa tête le front d’Elise en arrière pour feindre de l’embrasser. Elise se laisse faire, mais Junien bifurque vers son oreille.

— Merci ! Tu viens de me donner un peu plus de pouvoir.

Quand Elise tourne la tête dans ma direction, je me suis déjà mise à pleurer et me cloître dans ma maison.

— Ambre !

— Je crois que tu n’as plus rien à faire ici. Et moi, tu permets, je dois consoler ma femme.

— Pourriture !

— Hé ! Ne m’accuse pas, tu veux ! Elle sait très bien ce que je fais. Mais toi… tu viens de lui planter un poignard dans le dos.

— Tu ne gagneras pas aussi facilement.

— Oh que si ! Et tu veux savoir pourquoi ? Parce que si tu réussis encore à faire en sorte qu’Ambre me quitte. Je sais qu’elle reviendra me supplier de la reprendre. Peut-être que ça prendra quelques années, mais elle me reviendra. Et ce jour là, je lui interdirai formellement de te revoir. Et là, tu ne pourras plus rien faire. Elle sera entièrement à moi, elle sera mon trophée et toi… tu ne seras plus rien !

— Tu te trompes. Elle te quittera, rencontrera un homme gentil, qui l’aimera et je gagnerai. A ce moment, c’est toi qui ne sera plus rien !

— Non ! Non ! C’est toi qui te trompes. Ambre ne cherche pas de l’amour et de la gentillesse, elle veut de la passion. Passion que je lui offre tous les jours. Et tu ne peux rien contre ça.

— Je t’exècre !

— Tu m’exècres uniquement parce que tu sais que j’ai raison. Tu sais que j’ai raison uniquement parce qu’avant d’être mon jouet, elle était exclusivement le tien et que tu n’es pas prêteuse.

— Tu divagues mon pauvre !

Le ton monte du côté d’Elise, alors que Junien parle toujours de façon amusée et narquoise.

— Au revoir Elise ! Bientôt je te dirai adieux.

Elise monte dans sa voiture très énervée. Comment a-t-il fait pour la paralyser ainsi aussi longtemps ? Il a peut-être gagné cette partie, mais il n’a pas remporté la guerre.

 

*

 

— Ambre ?

Je pleure dans le salon, la tête sur mes bras croisés sur celui du fauteuil. Junien vient s’asseoir près de moi en prenant doucement mes épaules dans ses mains.

— Pourquoi as-tu fais ça ?

— Mais ma chérie ! Je n’ai rien fait. Par contre, je trouve que pour une femme qui me hait Elise ne s’est pas beaucoup défendue. Et tu veux que je te dise pourquoi ?

— Parce que tu sais très bien hypnotiser les femmes !

— Non ! Non ma belle.

Il soulève ma tête pour que je le regarde dans les yeux.

— Parce qu’elle est jalouse de ce que tu as. Ou plutôt de ce que j’ai. Et c’est pour ça qu’elle n’a pas su résister.

— Quoi ?

— Je t’ai, elle non. Je t’ai dit qu’elle était jalouse ma belle. C’est toi qui ne veux pas comprendre.

— Des fois tu doutes du fait que je m’offre entièrement à toi pourtant.

— Non ! J’attends que tu te rendes compte par toi-même qu’elle ne fera que te nuire. Le jour où tu comprendras qu’il n’y a que moi pour t’aimer comme tu le mérites, toutes ces simagrées finiront.

Je le regarde dubitative.

— Je monte… et si tu veux que je te prouve, à ma façon, que je t’aime, alors suis moi.

 

 

 

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