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Junien part travailler plus tôt aujourd’hui, mais il part reposé et comblé. Sa femme l’aime, elle le lui a prouvé et ne lui demande rien d’autre qu’être son épouse.

Ne nous méprenons pas, Junien m’aime.

Il ne sait pas pourquoi et ne se le demande d’ailleurs pas. Il sait seulement que, si je veux rester avec lui, je devrai me plier à son bon vouloir, parce que m’aimer ne l’insistera jamais à changer pour moi.

Il se demande souvent à quoi ressemblerait sa vie, s’il n’avait pas eu à tirer son boulé avec lui. S’il n’avait pas été accro à cette rouquine futile, superficielle et quelconque. S’il ne l’avait désirée, s’il ne l’avait pas aimée. Sans doute sa vie aurait-elle été plus avantageuse. Quoique ; je ne l’empêche pas de vivre comme il l’entend.

Lorsqu’il arrive à son bureau, Mathilde, l’auteur du petit message, l’attend.

— Bonjour beau brun ! Comment allez-vous aujourd’hui ?

Elle est assise sur son bureau, une robe rouge, moulante, au décolleté plongeant et pigeonnant. Sa jupe, fendue haut, laisse voir la longueur de sa jambe. Elle est fine, longiligne. Elle est belle et elle s’offre à lui ouvertement. Junien ne résiste jamais à ses charmes, surtout lorsqu’ils lui sont adressés. De plus, lorsque ses cheveux noirs pointent en direction de ses seins, ils expriment un grand désir de la part de leur propriétaire.

— Bien, merci. Et aujourd’hui j’ai mon portable, répond-il en agitant le dit appareil.

— Bien ! Et avez-vous vraiment envie de travailler aussi tôt aujourd’hui ?

Elle met du glamour dans ses paroles. Elle le désire et sait qu’il ne lui résistera pas indéfiniment.

— En fait tout dépendra de toi.

— Si je vous dis que le travail m’insupporte à cette heure, qu’en concluez-vous ?

— En fait, je voulais parler d’autre chose !

Junien regarde Mathilde avec sérieux. Il a la même expression que lorsqu’il signe un contrat juteux avec un client. Ce qui refroidit quelque peu la jeune femme, qui lui répond interloquée.

— De quoi donc ?

— De ma femme.

— Ha !

Le ton de Mathilde devient dubitatif. Jamais il ne lui a permis de parler de son épouse. Et, maintenant, c’était lui qui aborde le sujet.

— Ne me regarde pas comme ça !

— Je vous avoue être surprise.

— C’est exactement ce que je voulais.

— Et qu’a votre femme ? Elle vous a donné la fessée et vous ne voulez plus de moi jusqu'à ce que l’orage soit passé.

— Hahaha !!! Ce serait mal connaître Ambre. Non en fait, elle a lu ton message, et…

— Et ?

— Ta proposition l’a choquée.

— Il va de soit qu’elle n’en soit pas ravie, ne pensez-vous pas ?

— Non, elle est docile.

Mathilde qui trouvait son couple assez étrange au départ, commence se dire qu’ils sont peut-être mieux assortis que ce qu’elle pensait.

— Alors, qu’est-ce que votre femme vient faire dans cette histoire, si elle est docile.

— Je voudrais que tu viennes chez nous.

— Pardon ?

Quelle proposition étrange et surprenante. C’est sûrement la dernière chose à laquelle Mathilde s’attendait.

— Tu m’as bien proposé de mêler ma femme à nos histoires, n’est-ce pas ? Et bien je voudrais que tu viennes chez nous.

— Elle est d’accord ?

— Hum ! Il suffit que je lui dise de le faire pour qu’elle m’obéisse.

— Heu ! Je ne joue pas aux jeux sadomasochistes.

— Tant mieux, ce n’est pas ce que je te demande.

Junien s’est de plus en plus approché d’elle pendant leur échange. Il est maintenant tout proche. Il peut sentir le souffle de sa maîtresse sur son visage, deviner l’accélération de son rythme cardiaque et voir son pouvoir opérer sur elle comme sur toutes les autres femmes qu’il a connues jusque là.

— Alors ? Tu es d’accord ?

— Si je vous l’ai proposé, c’est que je n’y suis pas contre !

— Parfait ! Mais je te propose de donner un épilogue à notre soirée.

— Vous voulez que je vienne ce soir ?

— Mumum ! A huit heures. Tu connais les lieux…

— Oui ! J’y venais souvent avant l’arrivée de votre femme.

— Bien !

Junien embrasse Mathilde avec une fougue surprenante, qu’elle lui rend aussi vite.

 

*

 

Après ce qui s’est passé hier, je n’ai pas envie de rester seule à la maison ce matin. Je sais que Junien doit rentrer à midi, mais j’ai envie de sortir. J’ai bien le temps d’acheter quelque chose à manger en rentrant pour son repas.

Au moment où je finis de m’habiller, on frappe à ma porte. Je n’attendais personne, aussi vais-je ouvrir quelque peu surprise.

— Ambre ? Tu es là ? C’est Elise !

Elise ? Je dois l’avoir vue pour la dernière fois il y a de cela cinq mois. Elle doit avoir accouché maintenant. Et comme l’avait prédit Junien, nous n’avons reçu aucun faire-part.

Tu vois ! m’a-t-il dit à plusieurs reprises pour me faire comprendre ma bêtise. Elise ne viendra te voir que lorsqu’elle aura besoin de toi. Et toi, si tu devais avoir besoin d’elle, elle serait absente !

Et le silence d’Elise a finit de me convaincre qu’il avait raison.

— Ambre ? Es-tu là ?

J’ouvre la porte avec humeur.

— Oui ! Je suis là.

Pourquoi ? Tu as besoin de moi ? Allais-je lui demander quand mon regard a croisé le sien brillant d’une joie enfantine.

— Ma puce, je me suis demandé ce que tu devenais. Pourquoi tu n’es pas venue me voir ? Tu m’as tellement manqué.

Je m’aperçois alors de la méprise à laquelle Junien m’a conduite. Elise ne m’a jamais tourné le dos, elle était seulement trop ronde pour venir. Je m’en veux maintenant de n’être pas allée la voir ces cinq derniers mois.

— Ma belle ! Comment vas-tu ? Et ton bébé ?

— Je vais bien, et Cédric s’occupe de sa petite Mélisse.

— Une petite fille ? Ho ! Comme tu as de la chance !

L’espace d’un instant, je repense à la discussion que j’ai eue avec Junien sur les enfants, et ma joie se transforme en chagrin.

— Tu sortais ? me demande Elise, ravie de me voir.

— Oui ! J’allais me promener en ville. Ho ! Elise comme je m’en veux de n’être pas venue te voir pendant ces cinq mois !

— Ha ! Ha ! Ne t’inquiète pas, je me suis dit que tu n’avais pas envie de me voir enceinte alors que tu te l’interdis.

— Elise ! Nous en avons déjà parlé.

— Je sais ! Bon, je viens avec toi en ville ! D’accord ?

— D’accord !

— Heu ! Ton mari sera là à midi ?

— Oui, pourquoi ?

— Dommage ! On aurait pu manger dehors ensemble !

— Mange avec nous.

— Non, non ! Tu sais Ambre, je ne supporte pas plus ton mari maintenant qu’avant.

 

*

 

Je passe une matinée heureuse. J’oublie, le temps de quelques heures, les orages de la nuit dernière. J’apprécie ces retrouvailles avec Elise. Nous chinons dans les magasins de vêtements, de décoration, et autre. J’ai l’impression de redevenir la jeune lycéenne que j’ai été à un moment de ma vie… de plus en plus lointain. J’ai l’impression d’être, à nouveau, la petite fille libre de faire ce qu’elle voulait à condition de ne pas entacher la réputation de sa famille. D’avoir mes propres besoins, mes propres envies, mes propres règles. D’être moi et seulement moi. Mais plus midi approche, plus je prends peur de cette liberté. Je n’ai plus de repère, plus de protection, plus rien, juste moi au milieu d’un nombre considérable d’envies incontrôlables et de dangers insurmontables. Je voudrais Junien au près de moi. Je voudrais retourner chez nous… chez lui.

A onze heures, Elise et moi discutons dans la cuisine. J’ai enfin retrouvé ma maison. Je supporte de moins en moins la vie que je me permettais de mener avant d’épouser Junien. Je préfère être la femme de maison qu’il m’a demandé d’être. Je peux toujours exercer un travail, mais je n’ai plus besoin de ces choses infructueuses qui alimentent une vie superficielle. Je trouve ma vie exemplaire. J’aime mon mari et il revient toujours à la maison, même après être allé voir ailleurs. Après la soirée que j’ai passée entre ses mains je n’en doute plus : il m’aime. A sa manière peut-être, mais le résultat est le même.

— Ambre ?

— Oui ?

— Es-tu heureuse ?

— Pourquoi ?

— J’ai toujours eu peur que tu ne sois pas heureuse.

— Je suis heureuse Elise. Je te le jure.

— Mais il t’impose tant de choses.

— N’est-ce pas ce que je veux si je reste avec lui ?

— Pourquoi ?

— Il me porte de l’intérêt, il m’aime, mais surtout je l’aime.

— Pourquoi ? Pourquoi l’aimes-tu Ambre ? Alors qu’il est ce qu’il est ? Tu mérites tellement mieux !

— Je l’aime parce qu’il est ce qu’il est. Je ne sais pas pourquoi je l’aime, mais je l’aime c’est tout.

— Il te rend heureuse ?

— Oui.

— Et te rend-t-il malheureuse parfois ?

Etrangement, cette question me choque. On dirait qu’Elise sait ce qui s’est passé jusqu’à maintenant. Peut-elle comprendre qu’à plusieurs reprises mon amour n’était que haine, souffrance et même peur ?

— Ambre ? Te rend-t-il malheureuse parfois ?

Ou est-ce elle, qui est malheureuse. Je la regarde avec tendresse, avec tristesse. Je suis ailleurs et pourtant si présente.

— Ambre ?…

— Pourquoi cette question ? Cédric ne te comble pas ?

— Haha ! Si ! Je n’ai jamais eu à me plaindre de lui. Mais toi, toi tu sembles si triste. Si abusée par quelque chose. Ma chérie, ma douce Ambre, je ne te reconnais plus. Tu ne ris plus, tu cherches toujours une protection. Pourtant je me souviens d’une jeune ado qui partait à l’aventure sans se soucier de ce qui l’attendait.

— Mais ce n’est plus pareil maintenant ! J’ai quelqu’un qui m’attend, j’ai Junien.

— Depuis quand t’attend-il lui ?

— Elise !

Ses insinuations, aussi justes soient-elles, m’offensent. Elle n’a pas le droit, jamais je ne me suis permis de critiquer ses choix. En quoi cela pourrait-il être différent pour elle ?

— Excuse-moi.

— Non, Elise. J’en ai assez. Je t’interdis de me juger. Je t’interdis de me critiquer sous prétexte que tu n’es pas d’accord. J’ai été assez patiente jusque là, j’ai été assez compréhensive. Mais à compter d’aujourd’hui, soit tu acceptes mon choix, soit tu t’en vas. Je ne veux plu t’entendre critiquer l’homme que j’aime.

» Je suis encore libre de vivre la vie que je souhaite !

Elise reste quoi. Ne sachant plus quoi ajouter, elle préfère s’en aller. Elle n’aime pas Junien. Elle n’arrive pas à se faire à l’idée que sa meilleure amie puisse gâcher sa vie avec une ordure de ce genre.

Elise partie, il ne reste plus que Junien et moi.

Enfin ! Dira-t-il sûrement.

Mais un grand chagrin s’empare de moi. Je viens de perdre ma meilleure amie. Peut-être pour toujours ! Pourtant je garde en secret le faible espoir que mon Elise revienne. Qu’elle revienne et qu’elle accepte enfin Junien.

 

*

 

— Ambre ! Chérie ! Je suis rentré !

Il est midi lorsque Junien me trouve, éplorée, dans la cuisine, assise derrière la table.

— Chérie ? Ça ne va pas ?

En arrivant, il était de bonne humeur, il voulait annoncer sa nouvelle à sa femme. Mais je ne l’entends pas. J’ai l’esprit ailleurs, les yeux rouges, les joues trempées par les larmes. Junien s’inquiète un instant. Il n’aime pas me voir dans cet état, surtout s’il n’y est pour rien. Personne n’a le droit de faire du mal à sa femme, à part lui. Il me prend dans ses bras et je pose mon visage sur son épaule.

— Ambre ? Qu’est-ce qui se passe ? Je peux t’aider ?

— Elise est partie !

Je lui raconte ma matinée, au bord des larmes. Puis j’éclate en sanglots quand je finis, la tête enfouie dans son torse.

— Ma chérie ! Je t’avais prévenue ! Il n’y a que moi qui te comprenne. Et as-tu vraiment besoin d’amies comme elle ? Hum ?

— Non, je ne crois pas.

— Ma chérie ! Tu es avec moi ! N’est-ce pas suffisant ?

— Si ! Je t’aime.

Je me blottis dans ses bras et essuie mes larmes.

Je cesse de pleurer. Encore un lien vient de se former entre nous. Et un nouveau rempart me sépare du monde extérieur. Je deviens un peu plus sa chose. Il dirige plus maintenant le jeu qu’avant. Il est le maître incontesté de notre couple. Et même si je n’analyse pas autant nos rapports, Junien sait et savoure chaque jour l’ascendant croissant qu’il a sur sa femme.

Je vais mieux maintenant, je me lève donc pour faire réchauffer le repas de midi. Junien en profite pour entamer un autre genre de discussion.

— Chérie !

— Oui ?

— Il faudra que tu fasses un repas pour trois ce soir. Et change les draps du lit, aussi.

— Tu as invité quelqu’un ?

— Oui ! Pour ce soir. Une femme. Elle s’appelle Mathilde.

Mathilde, ce nom… Je lâche ma cuillère avec fracas quand je me rappelle le nom de l’expéditrice du message qui m’a tant fait pleurer hier. Mathilde… J’avale ma salive avec peine pour parler avec dégoût.

— Tu invites ta maîtresse ici ? Tu veux aussi que je dorme au salon ?

Le caractère incisif de mon ton augmente à mesure que je prononce ma phrase. Je veux bien me soumettre, mais je ne veux pas qu’une femme prenne ma place en ces lieux. Je commence à hausser le ton tant la rage m’étouffe. Mais Junien renchérit tout de suite.

— Non, Ambre ! Je ne veux pas que tu dormes dans le salon.

Il a attrapé mon poignet, alors que je pointais le doigt en direction du divan. Je le regarde interloquée. Je ne comprends pas où il veut en venir, je n’ose pas comprendre. Mais il me tient prisonnière et je l’écoute.

— Que veux-tu dire ?

— Je veux qu’on dorme dans la chambre ma chérie. Ici tu es et seras toujours la maîtresse de maison, tu n’as pas à céder ta place. Je veux que tu dormes dans la chambre ce soir… comme tout le monde.

— Mais…

— Chut ! Je voudrais juste que tu me fasses un petit plaisir. Ne me dis pas que tu aurais l’égoïsme de me refuser un petit plaisir ! Je ne pense pas mériter ça de ta part. Si ?

Il me regarde amoureusement. Comme un enfant qui regarde sa mère pour qu’elle cède à un de ses nombreux caprices. Je ne peux jamais résister à son regard bien longtemps. Il le sait.

— Non ! Bien sûr que non ! Mais que veux-tu que je fasse ?

Je suis comme envoûtée par mon époux. Je ne peux plus quitter ses yeux. Leur vert devient une prison, un piège qui, lorsqu’il se referme, ne se laisse plus ouvrir.

— Je voudrais avoir de la compagnie ce soir.

— Je ne te suffis donc pas ?

— Si ma chérie, mais je veux que tu couches avec une femme devant et pour moi, ce soir.

Je prends conscience peu à peu de ce qu’il me demande. Je me réveille vite de ma transe. Un poids intense s’abat sur mes côtes, rendant ma respiration difficile.

— Tu veux une troisième personne ? Tu veux ?… Et si je refuse ?

— Impossible ! Je me suis déjà entendu avec elle pour qu’elle vienne ce soir.

— Pourquoi ?

— Pourquoi quoi ?

— Pourquoi as-tu besoin d’une deuxième femme dans ton lit ? Elle te plaît tant que tu l’invites sous ton propre toit ? Je te signale que j’ai aussi des sentiments ! Je ne veux pas qu’elle prenne ma place ! Je ne veux pas que tu la préfères à moi !

— Je ne la préfèrerai jamais à toi ma chérie. Mais c’est la seule qui accepte de t’inviter dans nos ébats. Et j’ai vraiment envie de te voir avec une femme.

— C’est la seule… qui accepte ? Parce qu’il y en a plusieurs ? Combien ?

— Ambre ! Je t’aime ! Pas elles. Leur nombre n’a pas d’importance. Je veux juste avoir une vie épanouie !

Je souris, toute colère éteinte. Junien vient de me dire qu’il m’aime. C’est la première fois. Et il me promet de n’aimer que moi. C’est la première fois. Je me moque bien qu’il y ait d’autres femmes maintenant que j’ai entendu sa promesse.

— Alors, Ambre ? Tu vas faire un repas pour trois et changer les draps ?

— Je… d’accord… mais je le fais pour toi.

 

 

 

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